L’enlèvement de Nicolas Maduro au Venezuela, une démonstration de force de Donald Trump et un message envoyé au monde entier

Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, a été enlevé par les forces spéciales américaines pour être jugé par un tribunal fédéral de New York pour conspiration narcoterroriste. Donald Trump a annoncé que les Etats-Unis comptaient « diriger » le Venezuela jusqu’à une « transition sûre » et exploiter ses réserves de pétrole.

Le Monde  – L’enlèvement de Nicolas Maduro n’est que le prélude à une prise de contrôle plus large par les Etats-Unis du Venezuela. C’est ce qui ressort de la conférence de presse de Donald Trump à Palm Beach (Floride), samedi 3 janvier, tenue quelques heures après le raid des forces spéciales américaines à Caracas, qui a abouti au kidnapping du président vénézuélien et de sa femme, accusés de trafic de drogue. « Nous allons diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions effectuer une transition sûre, appropriée et judicieuse », a assuré le président américain. Si le prétexte de l’intervention est la lutte contre le narcoterrorisme, Donald Trump n’a pas caché que l’objectif majeur était l’accès aux ressources pétrolières du Venezuela, les plus vastes du monde.

Cet assaut est l’aboutissement de plusieurs mois de montée des tensions, avec des frappes aériennes contre des navires vénézuéliens, accusés de transporter de la drogue vers les Etats-Unis. L’armée américaine avait été déployée en mer des Caraïbes pour appuyer ces opérations. Le projet trumpien de « diriger le Venezuela » nécessite-t-il le déploiement de troupes sur le terrain, ce qui constituerait de facto une invasion et une déclaration de guerre ? Ou la Maison Blanche entend-elle contrôler un pays étranger depuis l’extérieur, avec pour principale arme la menace d’une deuxième intervention ? Ce point majeur n’a pas été précisé et le président républicain a laissé planer le doute.

« Nous sommes là maintenant et nous allons rester jusqu’à ce que cette transition sûre puisse se dérouler », a expliqué Donald Trump, bien que la présence de soldats américains au Venezuela ne semble pas confirmée à ce stade et que les militaires impliqués dans le raid aient quitté le territoire. « Nous n’avons pas peur de déployer des troupes sur le terrain », a-t-il assuré. Dans le même temps, il a semblé écarter la tenue d’une nouvelle opération dans l’immédiat : « La première attaque a été un tel succès que nous n’aurons probablement pas besoin d’en lancer une deuxième, mais nous sommes prêts à mener une deuxième vague d’attaques si nécessaire. »

Une large part de la conférence de presse a été dévolue à la célébration du raid mené par les forces spéciales, qui a conduit à l’enlèvement d’un chef d’Etat, au cœur de sa capitale, sans qu’aucun soldat américain ne soit tué, une démonstration de force de la première armée du monde, destiné à envoyer un message, non seulement à Caracas, mais également au reste de la planète. « Aucune nation au monde ne peut accomplir ce que nous avons accompli », s’est flatté Donald Trump, dénigrant les opérations militaires menées par ses prédécesseurs, notamment démocrates.

Le général Dan Caine, chef d’état-major américain, a détaillé la mission, baptisée « Absolute resolve », vantant la collaboration de l’ensemble des composantes des forces armées et des agences de renseignement. Déclenchée vendredi 2 janvier à 22 h 46 (heure de Washington, 4 h 46 samedi, heure de Paris), elle a nécessité la mobilisation de 150 aéronefs, qui ont décollé depuis une vingtaine de bases terrestres et maritimes, afin de dégager un chemin pour les hélicoptères transportant les forces chargées de l’enlèvement de Nicolas Maduro et de son épouse, Cilia.

Les soldats ont pénétré dans la « forteresse » présidentielle et ont appréhendé le chef d’Etat. Après des échanges de feu avec les forces locales, les troupes américaines ont pu redécoller avec leurs prisonniers. A 3 h 29 du matin (9 h 29 à Paris), Nicolas Maduro et sa femme étaient débarqués sur l’USS Iwo Jima, un navire d’assaut américain, dans le but d’être amenés jusqu’à New York où les attend une inculpation devant la justice fédérale. Quelques minutes avant sa conférence de presse, Donald Trump a partagé sur les réseaux sociaux une photo humiliante du dirigeant vénézuélien : on le voit à bord du bateau, entravé, en jogging gris, casque sur les oreilles et masque sur les yeux.

Une opération à la légalité très incertaine

Les explications du général Dan Caine, pour impressionnantes qu’elles soient sur les compétences militaires américaines, ne dissipent cependant pas toutes les interrogations. La facilité avec laquelle les troupes américaines ont pénétré dans l’enceinte présidentielle, la précision des renseignements et l’absence de blessés ou de dégâts matériels sérieux semblent indiquer que la résistance n’a pas été acharnée côté vénézuélien, ou que les capacités militaires de Caracas avaient été surévaluées. Selon le New York Times, la CIA avait installé une équipe d’agents sur place depuis le mois d’août, qui a permis de collecter des informations précieuses sur les habitudes de Nicolas Maduro. Les Etats-Unis ont-ils bénéficié de complicité dans l’entourage du dirigeant ? Et dans quel état se trouve réellement l’appareil chaviste au pouvoir depuis 1999 ? Les jours qui viennent permettront de le mesurer.

Les responsables de l’administration américaine ont en revanche insisté à plusieurs reprises sur un élément majeur : parmi les hommes déployés sur le terrain, figuraient des officiers judiciaires. La Maison Blanche assure qu’il s’agit de l’arrestation d’un criminel à l’étranger et non de l’invasion d’un pays souverain. Nicolas Maduro et sa femme ont été inculpés devant un tribunal fédéral de New York, pour conspiration narcoterroriste, visant à faire déferler de vastes quantités de drogues aux Etats-Unis, selon le document d’accusation de 25 pages rendu public. Il s’agit là de justifier la légalité de l’intervention, non pas du point de vue du droit international, dont Donald Trump semble faire peu de cas, mais davantage au regard de la Constitution américaine.

Aux Etats-Unis, c’est le Congrès qui a le pouvoir de déclarer une guerre, tandis que l’autorité du président se borne normalement à décider d’opérations militaires ciblées, rapides et revêtant un caractère d’urgence, notamment pour la sécurité des Américains. En cas de décision prise à la Maison Blanche, le Congrès doit être informé dans les 48 heures, et si l’opération se poursuit au-delà de 60 jours, elle doit être approuvée par un vote. « Le Congrès a tendance à faire fuiter les informations », a lâché Donald Trump pour justifier le fait que les élus n’avaient pas été prévenus. Le chef de l’exécutif n’a de cesse de rogner sur le pouvoir législatif depuis le début de son deuxième mandat.

Dans les heures qui ont suivi l’annonce du raid sur le réseau Truth social de Donald Trump, les élus, républicains comme démocrates, ont pour la plupart gardé un silence prudent. Principalement parce que la figure de Nicolas Maduro, dirigeant autoritaire qui s’est maintenu au pouvoir par la force après avoir perdu les élections et qui a plongé son pays dans la désolation, est hautement impopulaire aux Etats-Unis, où réside une forte communauté de réfugiés vénézuéliens anti chaviste.

Seul Mark Warner, sénateur démocrate et vice-président de la commission du renseignement, au Sénat, a publié un communiqué rappelant les prérogatives de chacun en matière d’intervention extérieure et posant la question qui parcourt désormais toutes les chancelleries à travers le monde, et en particulier en Europe : « Si les États-Unis s’arrogent le droit de recourir à la force militaire pour envahir et capturer des dirigeants étrangers qu’ils accusent de conduite criminelle, qu’est-ce qui empêche la Chine de revendiquer la même autorité sur les dirigeants de Taïwan ? Qu’est-ce qui empêcherait Vladimir Poutine d’invoquer une justification similaire pour enlever le président ukrainien ? Une fois cette limite franchie, les règles qui freinent le chaos mondial commencent à s’effondrer, et les régimes autoritaires seront les premiers à en tirer profit. »

Les profits, boussole du nouvel ordre mondial

A peine commencée, l’année 2026 promet en effet de redessiner encore plus profondément l’ordre mondial, déjà sérieusement chamboulé depuis le retour aux affaires de Donald Trump en janvier 2025. Avec pour principale boussole géopolitique, la perspective de gigantesques profits. Pour Donald Trump, la décapitation du régime chaviste permet de libérer l’accès aux réserves en hydrocarbure du pays pour les entreprises américaines. Le mot pétrole a été prononcé pas moins de 20 fois lors de la conférence de presse. « Nous allons demander à nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus importantes au monde, d’intervenir, d’investir des milliards de dollars, de réparer les infrastructures gravement endommagées, de partager les infrastructures pétrolières et de commencer à générer des revenus pour le pays », a notamment expliqué le président, qui répète à l’envi que les Etats-Unis ont été spoliés à l’époque de la nationalisation des réserves pétrolières, sous Hugo Chavez, le prédécesseur de Nicolas Maduro.

Mais une fois la glorification du succès militaire dépassée, les Etats-Unis risquent de se retrouver avec une situation locale compliquée à gérer, dans un pays où la Chine et la Russie ont des intérêts. « Nous allons leur vendre le pétrole », a balayé Donald Trump, dans une formule qui montre tout à la fois qu’il considère désormais les réserves en hydrocarbure comme les siennes et que le prisme commercial est le seul qui compte à ses yeux en matière de relation internationale.

Donald Trump entend également renouer à sa manière avec la doctrine Monroe. Elaborée en 1823 par le président James Monroe pour mettre fin au colonialisme européen sur le continent américain en échange d’une non-ingérence américaine en Europe, cette politique a évolué en une justification des interventions militaires des Etats-Unis en Amérique latine, avec une sphère d’influence qui s’étend à l’ensemble du continent américain. Les Etats-Unis ont pourtant un lourd passif en Amérique latine, avec de nombreuses tentatives infructueuses de redessiner à leur main les régimes en place. Quant à Nicolas Maduro, tant qu’il était au pouvoir à Caracas, il représentait un dirigeant autoritaire et corrompu. En prison à New York, il symbolise aussi l’impérialisme américain honni sur le reste du continent.

Donald Trump, qui se projette déjà en maître des Caraïbes, semble peu s’en soucier. Au détour de la conférence de presse, il a lancé une menace à peine voilée au régime castriste à Cuba, qui pourrait être le prochain pays sur la liste. « Je pense que nous allons finir par parler de Cuba, car Cuba est actuellement une nation en déclin, une nation en très grave difficulté », a-t-il expliqué, avant de passer la parole à son secrétaire d’Etat, Marco Rubio, né en Floride dans une famille d’exilés cubains opposés au communisme. « Si je vivais à la Havane et que j’étais au gouvernement, je serais au moins un peu inquiet », a glissé celui-ci. Le type d’avertissement que l’administration Trump a lancé des mois durant à Nicolas Maduro.

 

 

 

 

Source : Le Monde 

 

 

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