Le serment des sables / Par Sidahmed Khlil

Pour autant, l’avenir de la Mauritanie ne se construira ni dans le renoncement ni dans l’exode. Il ne s’écrira pas au dos des valises, ni dans la fatigue de ceux qui baissent les bras. Il s’écrira dans l’obstination de ceux qui choisissent d’habiter leur temps plutôt que de le fuir.

Le désert intérieur

Un pays ne meurt pas de sécheresse, il meurt d’oubli. L’oubli de ce qui nous lie quand plus rien ne nous distingue.

La Mauritanie ne périra ni par le départ de ses enfants, ni par la lassitude des siens. Elle périra le jour où nous aurons admis que le nom l’emporte sur l’œuvre, que le sang règle le droit, que le silence acquitte la faute.

Le renoncement est une lâcheté polie. L’exode est une blessure, l’un et l’autre nous dispensent de l’exigence. Or l’exigence est la seule patrie qui ne ment jamais.

Il nous faut donc revenir à la première pierre : nous-mêmes, dans nos maisons, dans nos administrations, dans le commerce de chaque jour, c’est là que commence le pays. C’est là qu’il se défait.

Les chaînes invisibles

Le défi n’est pas d’abord législatif, nous savons écrire des lois.

Le défi est anthropologique, il tient en trois chaînes que nous portons comme des ornements.

Le favoritisme : il fait du mérite un accident et de l’origine une destinée.

Le clientélisme : il troque le service public contre une allégeance, et transforme le citoyen en obligé.

L’impunité : elle enseigne que le détournement est tolérable pourvu qu’il soit familial.

Tant que ces chaînes tintent à nos chevilles, toute réforme ne sera que fard. Nous changerons les enseignes, pas la boutique.

Un État moderne ne prospère pas par décret, il prospère par culture, Culture de citoyenneté où le droit précède la grâce. Culture du mérite où l’ouvrage l’emporte sur l’ascendance. Culture de responsabilité où l’on répond de ses actes. Culture de l’intérêt général où je renonce à un avantage immédiat pour qu’advienne une possibilité commune.

Cela coûte, cela coûte de décevoir les siens, cela coûte de perdre aujourd’hui pour gagner autrement demain.

Le serment

L’exil n’est pas une faute lorsqu’il est pèlerinage, Partir pour apprendre, pour soigner, pour bâtir, puis revenir les mains pleines d’outils et non de regrets, c’est une forme de fidélité.

Rester, c’est servir autrement : en veillant, en exigeant, en réparant.

La Mauritanie à venir ne jaillira pas d’un coup, elle se lèvera d’une litanie de petits refus.

De l’instituteur qui cote selon l’effort et non selon le patronyme.

Du commis qui rend l’enveloppe comme on rend une insulte.

De l’électeur qui lit un programme avant de prononcer un nom.

Du journaliste qui nomme le vol par son nom.

Du juge qui tranche sans trembler.

Alors seulement le vent cessera d’effacer nos pas.

Alors seulement nous ne lèguerons plus à nos enfants un pays à rafistoler, mais un pays à aimer, à défendre, à transmettre intact.

Car il n’y a au fond que deux façons d’habiter une terre : en locataire pressé, ou en héritier exigeant.

Faisons le choix de l’héritage.

WE salam

 

 

Sidahmed Khlil

 

 

 

 

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