Le Sénégal pris en otage par les hésitations du pouvoir

SeneplusDix jours sans gouvernement pleinement constitué. Dix jours d’attente, d’incertitudes et d’interrogations dans un pays confronté à d’immenses défis économiques et sociaux.

Depuis l’éviction d’Ousmane Sonko de la Primature et son installation spectaculaire à la tête de l’Assemblée nationale, le Sénégal semble plongé dans une séquence politique dont les citoyens peinent à comprendre les véritables ressorts.

Certes, un nouveau Premier ministre a été nommé, mais son équipe se fait toujours attendre. Jour après jour, le président Bassirou Diomaye Faye peine à finaliser un gouvernement pourtant indispensable au bon fonctionnement de l’État. Cette situation nourrit les spéculations sur d’éventuelles divergences internes et sur les difficultés de l’exécutif à trouver un équilibre entre les différentes sensibilités du pouvoir. Pendant ce temps, Ousmane Sonko s’enferme dans un silence qui intrigue.

Officiellement discret, il demeure pourtant au centre de toutes les attentions. Son influence reste déterminante au sein de Pastef, où les tensions semblent de plus en plus visibles. Ces derniers jours, plusieurs militants et responsables du parti ont exprimé leur frustration, certains allant jusqu’à démissionner avec fracas. Puis, soudainement, le ton a changé. Un mot d’ordre semble avoir été donné : plus d’attaques publiques contre le président.

Les voix les plus critiques se sont tues ou ont adopté une posture plus mesurée. Les soutiens les plus fervents de Sonko, à l’image de Waly Diouf Bodian, ont changé de registre. Cette discipline retrouvée ne fait cependant pas disparaître les questions de fond : qui décide réellement ? Qui fixe le cap ? Qui assume les arbitrages ?

Pendant que les états-majors politiques s’observent, le Sénégal réel souffre. Les ménages sont confrontés à la hausse du coût de la vie, au chômage et à l’incertitude économique. Les entreprises attendent des décisions, les investisseurs observent avec prudence et les populations s’inquiètent. Dans les familles, les tensions s’accumulent. Les difficultés financières aggravent les conflits sociaux et familiaux. Le stress lié à la conjoncture pèse lourdement sur le moral des citoyens et nourrit un sentiment général d’angoisse. Le malaise est perceptible partout.

Bien sûr, tous les problèmes du Sénégal ne découlent pas de l’absence d’un gouvernement. Mais lorsqu’un pays donne le sentiment de naviguer sans direction claire, la confiance s’érode. Or, la confiance est le socle de toute action publique efficace. Les Sénégalais n’ont pas porté Pastef au pouvoir pour assister à des batailles de positionnement ou à des calculs internes. Ils ont voté pour le changement, pour des réponses concrètes à leurs préoccupations quotidiennes et pour une gouvernance plus efficace. Aujourd’hui, ils attendent des actes. L’heure n’est plus aux silences, aux hésitations ou aux jeux d’influence.

Le Sénégal a besoin d’un gouvernement opérationnel, d’une direction claire et d’un pouvoir concentré sur les urgences nationales. Car gouverner ne consiste pas seulement à conquérir le pouvoir. Gouverner, c’est décider. Gouverner, c’est agir. Et surtout, gouverner, c’est répondre aux attentes d’un peuple qui n’a plus le luxe d’attendre.

 

 

Source : Seneplus (Sénégal)

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