– Ils sont entrés sur la pelouse en entourant – en protégeant, presque – cette coupe dorée, comme un trésor national. Puis, portés par la voix de la superstar Youssou Ndour, les joueurs sénégalais, médaille d’or suspendue à leur cou, ont présenté, samedi 28 mars, au public du Stade de France – avant d’affronter le Pérou – le trophée de la Coupe d’Afrique des nations (CAN). Celui qu’ils ont arraché aux Marocains (1-0), le 18 janvier à Rabat, au terme d’une finale chaotique.
Ce samedi après-midi, dans l’enceinte de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), les Lions de la Teranga ont remporté 2-0 ce match amical de préparation à la Coupe du monde, qui les verra affronter la France, le 16 juin, pour leur entrée dans la compétition. « On avait à cœur de gagner ce match devant notre public, devant les spectateurs sénégalais de la diaspora », a réagi le latéral Krépin Diatta devant la presse, à l’issue de la rencontre.
Cette victoire au petit trot restera anecdotique ; l’essentiel est ailleurs. « On est émues d’être là, lance Aminata Sarr, 18 ans, entourées de ses copines. Ça donne les larmes aux yeux. » Non loin d’elle, des jeunes enchaînent les « snap » – de courtes vidéos diffusées sur le réseau Snapchat – près du terrain ; d’autres appellent en visio des proches au pays ; en famille, entre amis, on se prend en photo, enlacés dans le même drapeau. Les deux étoiles, symboles des deux titres continentaux du Sénégal, s’affichent avec insolence : dans les travées, sur les maillots, les vestes, les casquettes, jusque sur les joues peintes de milliers de supporteurs… Elles brillent comme une proclamation : le Sénégal est champion d’Afrique.
« Braquage administratif »
Car malgré cette célébration devant près de 68 000 spectateurs, majoritairement issus de la diaspora sénégalaise et venus de toute la France, l’ombre d’une décision. Le 17 mars, le jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF) a décidé de déclarer « forfait » les Lions de la Teranga, qui avaient quitté la pelouse en fin de match, pour protester contre l’arbitrage, et d’accorder à la sélection marocaine une victoire 3-0 sur tapis vert. Depuis, le Sénégal a saisi le Tribunal arbitral du sport (TAS), dénonçant « le braquage administratif le plus grossier de l’histoire de notre sport ».
Peu importent les procédures ou les recours, dans les travées du Stade de France, personne ne doute : le Sénégal reste le vainqueur légitime de la CAN. Pas le Maroc. « C’est une décision tellement ridicule, c’est pitoyable, argue Aïssatou Sow, 23 ans, étudiante en architecture. La magouille est trop frappante. » « On a gagné sur le rectangle vert, pas par e-mail. Les Marocains ne sont pas nos ennemis, mais on a mérité cette victoire », affirme Fatou Gueye, 19 ans, élève aide-soignante, venue avec ses amies célébrer son équipe.
La veille de leur match à Saint-Denis, ces supporteurs ont reçu un renfort de poids. « Nous préférons toujours respecter ce qu’il s’y passe [sur le terrain]. Pour nous, nous allons affronter le champion d’Afrique », déclarait le sélectionneur du Pérou, Mano Menezes. « Je suis focus sur mon travail, il est important de ne pas être dispersé. Tout le monde sait qu’on est champions d’Afrique. On va continuer à travailler et à aller chercher d’autres trophées », renchérissait Pape Thiaw, le coach du Sénégal.
« J’ai remercié Dieu »
Pour rire, Moustapha Sarr, 41 ans, électromécanicien qui a pris la route depuis Maubeuge (Nord), interpellait à l’entrée du stade, juste avant le match, les supporteurs sur son passage : « C’est qui les champions ? » « Je suis là pour voir les seuls champions d’Afrique », répondait en souriant, Sambou Diaby, cariste de 34 ans qui a fait le chemin depuis Lille. Le jeune homme se souvient de « l’injustice » de ce pénalty accordé au Maroc, quelques minutes après une décision arbitrale qui privait le Sénégal d’un but. Il reconnaît que son équipe n’aurait jamais dû quitter le terrain et provoquer une interruption du match d’une dizaine de minutes. « Mais l’émotion était trop puissante, pointe M. Diaby. J’ai remercié Dieu quand on a gagné. Maintenant, on attend la décision du TAS. »
La veille de cette rencontre amicale, Le Monde a interrogé Pape Thiaw sur sa décision de demander à ses joueurs de rentrer au vestiaire : la regrette-t-il, ou estime-t-il avoir fait le bon choix ? Le sélectionneur a esquivé, se contenant d’évoquer « le plaisir de ramener le trophée dans [s]on pays ».
Au Stade de France, les supporteurs des Lions ne lui en veulent pas : lors de la présentation de l’équipe, il a été acclamé. « Le soir de la finale, tous les Sénégalais ont partagé les mêmes sentiments, rappelle Salimata Camara, 21 ans. Nous avons tous été révoltés ; et aujourd’hui nous sommes tous fiers des Lions. »
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