Le Nobel de littérature décerné à la poète canadienne Anne Carson

Le jury salue son œuvre «audacieuse et inventive». «C’est fou. Ils sont tous fous», a-t-elle réagi.

Le Devoir – Le prix Nobel de littérature 2026 a été décerné jeudi à la poète canadienne Anne Carson, pour son œuvre « audacieuse et inventive », une récompense qu’elle estime « fou » d’avoir obtenue.

L’autrice de 76 ans, helléniste réputée, a été récompensée pour son travail qui, « dans un dialogue ludique avec la tradition classique, a donné naissance à de nouvelles formes pour la littérature contemporaine », a souligné Ingrid Carlberg, secrétaire permanente de l’Académie suédoise.

Anne Carson a appris la bonne nouvelle en Islande, pays où elle réside une partie de l’année et dont elle détient la nationalité.

« C’est fou. Ils sont tous fous », a-t-elle déclaré dans une brève entrevue à la télévision publique islandaise RUV.

En train « d’écouter le vent »

La secrétaire permanente de l’Académie suédoise, qui lui a annoncé son prix, a confié que la lauréate était alors en promenade, en train « d’écouter le vent ».

« Ici, on ne peut s’empêcher d’écouter le vent. Nous vivons au gré du vent. Oui, c’est exactement ce que je faisais », a raconté Anne Carson, retenant sa casquette pour l’empêcher de s’envoler.

Avant elle, la prestigieuse récompense n’avait été décernée qu’à une seule autrice canadienne : Alice Munro en 2013.

Ce prix est « une source de grande fierté pour le Canada », a réagi le premier ministre Mark Carney. « Elle a fait découvrir des récits anciens à de nouveaux lecteurs et a transformé notre regard sur la littérature », a ajouté le dirigeant sur X.

Le nom d’Anne Carson et son œuvre érudite, où se mêlent héros mythologiques, auteurs antiques et romantiques, revenait depuis des années dans les spéculations des cercles littéraires suédois.

L’Académie Nobel a notamment salué Nox, « une œuvre inoubliable », publiée en 2010 en mémoire de son frère Michael, qui avait mystérieusement disparu avant de mourir au Danemark en 2000.

L’ouvrage se déplie comme un accordéon, telle une seule longue feuille sur plusieurs mètres, « composée d’images, de lettres et d’autres textes ».

« Personne n’écrit comme elle »

Sa première publication Eros the bittersweet : an essay, en 1986, contient déjà ce qui fait son style unique : une adaptation moderne de la littérature grecque classique.

« Personne n’écrit comme elle. Et personne n’oserait, je pense », assure Steve-Sem Sandberg, membre du comité Nobel de l’Académie suédoise.

C’est une universitaire « qui maîtrise parfaitement le latin et le grec, y compris les formes archaïques, et elle utilise les mythes, les personnages, les récits et les fables de cette époque pour les replacer dans un contexte moderne », a-t-il salué.

Pour Anne Carson, qui ne se reconnaît dans aucun genre littéraire classique, la poésie est « sans doute plus pratique que la prose en ce moment, parce que c’est plus rapide et que tout le monde est pressé ».

 

 

Nioucha Zakavati

à Stockholm

Agence France-Presse

 

 

Source : Le Devoir (Canada)

 

 

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