Le Cap-Vert, ce petit devenu très grand

L’aventure du Cap-Vert dans cette Coupe du monde s’est arrêtée en seizièmes de finale, au bout d’une prolongation folle contre l’Argentine, tenante du titre (3-2 AP). Jamais battus dans le temps réglementaire dans le tournoi, les Requins bleus de Bubista auront conquis des cœurs.

So Foot  – Un vendredi soir, un œil sur un bouquin de Maupassant, un autre sur un match dont on n’attendait injustement pas grand-chose et les deux yeux finalement braqués sur un seizième de finale endiablé entre l’Argentine et le Cap-Vert. Au fil des minutes, le petit pays d’un peu plus de 500 000 habitants a soudain gagné plusieurs dizaines (centaines ?) de millions de supporters à travers le globe. Ce samedi, déjà, sur les coups de 2h44, ils étaient comme nous en voyant l’Argentine prendre la route des huitièmes de finale en soufflant un bon coup : à la fois déçus pour une équipe incroyable de générosité, de personnalité et contents d’avoir veillé tard (pour les Européens, en tout cas) pour soutenir comme ils pouvaient le Petit Poucet qui n’a pas eu peur de l’ogre. Les États-Unis peuvent fêter leurs 250 ans, mais à Miami, dans la ville d’adoption de Lionel Messi, le Cap-Vert s’est fait une place dans l’histoire du foot et dans quelques cœurs.

AbracadaCabral !

Ils mériteraient d’être tous cités un par un, ces joueurs, ce staff, cette délégation, et cela suffirait peut-être à dire le bonheur qu’ils ont pu procurer aux amoureux de ce foot où les surprises restent possibles. Même en 2026, même après toutes ces années de matchs avalés. « On a déjà réussi quelque chose de grand en se qualifiant pour le deuxième tour, mais on a envie de continuer, prévenait d’ailleurs Willy Semedo dans So Foot avant le seizième de finale attendu comme le plus déséquilibré sur le papier. Moi, je n’ai pas envie de rentrer dès dimanche. Le Cap-Vert aura ses chances. C’est la Coupe du monde, sur un match à élimination directe, tout peut arriver. Même contre l’Argentine ! » Tout peut arriver, même cette finition clinique de Deroy Duarte pour le 1-1. Tout, oui, même le but extraordinaire du défenseur Sidny Cabral, l’un des bijoux du tournoi, à un moment où l’on pensait que Lisandro Martinez avait gâché le plaisir de la prolongation.

Le bougre Cabral n’était pas loin de nous faire hurler une seconde fois, d’un nouveau coup de fusil, cette fois sur coup franc, intercepté par le gilet pare-balles Dibu Martinez (comprendre, une claquette). Dix ans en arrière, les amateurs de Ligue 1 n’auraient pas parié qu’ils vibreraient un jour de Coupe du monde devant le match d’une équipe comptant parmi les titulaires des joueurs comme Steven Moreira, Nuno Da Costa ou Ryan Mendes (visé par une enquête pour viol). Un mois plus tôt, puisqu’il ne sert à rien de compter les décennies, les impatients du Mondial n’auraient pas misé un kopeck sur le Cap-Vert qui ne perdrait pas une fois dans le temps réglementaire durant toute la compétition, censée s’arrêter dès les poules pour un si petit pays. L’Espagnel’Uruguayl’Arabie saoudite et donc l’Argentine : tous ses adversaires auront fini par se casser les dents sur l’équipe de Bubista, finalement battue à la 111e minute d’une prolongation contre le tenant du titre sur un CSC de Diney Borges. Inimaginable.

« Ça rend digne notre pays »

Il ne faudrait surtout pas résumer cette sensation d’un été américain à une équipe se contentant de très bien défendre en posant le bus et en se reposant sur les exploits de Vozinha (8 arrêts contre l’Argentine, un de plus que face à l’Espagne), ce dernier rempart de 40 ans devenu un personnage principal de cette première partie de Coupe du monde. Les Requins bleus ont souvent été admirables dans les sorties de balle, portés par une belle qualité technique, et la construction du chef-d’œuvre de Sidny Cabral, parti du gardien jusqu’au buteur en treize passes, est à mettre en avant. Comme la célébration folle et spontanée du défenseur de Benfica.

Le Cap-Vert a rivalisé avec l’Argentine, dont la prestation n’aura certes pas rassuré au pays, jusque dans une prolongation où ils auront fait jeu égal au niveau de la possession (7 tirs à 1 en seconde période de l’extra-time). « Il y a de la fierté devant le travail réalisé, ça rend digne notre pays, réagissait Bubista, aussi connu sous le nom de Pedro Leita Brito, après la rencontre. C’était face au champion du monde en titre… Je pense que mes joueurs ont été dignes dans cette Coupe du monde. » Cette défaite est aussi la victoire du technicien de 56 ans, né sur l’île de Boa Vista et ancien défenseur aux 28 capes avec les Tubarões Azuls. Il y a quelques semaines, à Lisbonne, après un succès contre la Serbie en match de préparation, Bubista posait le cadre, comme rapporté par L’Équipe : « Nous voulons montrer au monde que nous sommes petits mais que nous pouvons réussir de belles choses. » Il se trompait, ils ont montré au monde que le Cap-Vert est grand.

Clément Gavard

Source : So Foot (France)

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

Quitter la version mobile