Je reste convaincu qu’aucune langue n’a besoin de disparaître pour qu’une autre puisse prospérer. Je ne vois aucune contradiction entre la promotion de l’arabe, la valorisation de nos langues nationales (pulaar, soninké, bambara, et wolof) et le maintien du français comme langue d’enseignement et d’ouverture sur le monde.
La Suisse, le Canada et le Luxembourg montrent que plusieurs langues peuvent coexister au sein d’un même pays. Plus près de nous, le Sénégal s’est engagé dans l’enseignement bilingue associant les langues nationales au français. Pourquoi la Mauritanie ne peut-elle pas réussir dans cette voie ?
Mais soyons clairs : le bilinguisme ou le multilinguisme ne se décrète pas. Sa réussite exige des investissements importants et une réelle volonté politique. Il faut former les enseignants, élaborer des manuels scolaires adaptés, assurer la traduction systématique des documents officiels ainsi que la traduction automatique des programmes télévisés et radiophoniques dans les différentes langues nationales et, surtout, garantir à chaque citoyen l’accès aux services publics dans une langue qu’il comprend.
Sans ces investissements, l’échec est prévisible. On ne peut pas créer les conditions de l’échec du bilinguisme pour ensuite prétendre qu’il ne fonctionne pas.
À ceux qui défendent l’exclusivité de l’arabe en Mauritanie, je pose une question simple : comment prétendre construire une nation unie en imposant une seule langue à des citoyens dont certains ne parlent pas cette langue ?
Si l’on voulait exclure progressivement les Mauritaniens non arabophones de l’administration, de l’enseignement supérieur et de la vie publique, il serait difficile de trouver un moyen plus efficace que de leur imposer l’usage exclusif de l’arabe. Que cette exclusion soit intentionnelle ou non, ses conséquences sont les mêmes.
Notre ambition devrait plutôt être de former des générations de Mauritaniens maîtrisant leur langue maternelle, l’arabe, le français et, si possible, l’anglais. Ce serait un formidable atout pour notre jeunesse et pour le développement du pays.
La Mauritanie appartient à tous ses citoyens. Sa diversité linguistique n’est pas une menace pour son unité. Ce qui menace cette unité, c’est une politique qui conduit certains Mauritaniens à se sentir étrangers dans leur propre pays.
Une langue supplémentaire est une richesse, pas une menace. L’unité nationale ne se construit pas en excluant, mais en donnant à chacun les mêmes chances de réussir.
Toka DIAGANA
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