– Les nouvelles ambitions de l’ancien président sénégalais Macky Sall provoquent, dans son pays, un vif débat. Le 2 mars, celui qui a dirigé le Sénégal entre 2012 et 2024 a officialisé sa candidature pour succéder à Antonio Guterres au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU). Depuis, une partie de la société s’indigne.
« Nous ne pouvons pas accepter que l’ONU soit une blanchisserie de crimes de sang et de crimes économiques », a tonné le député de l’actuelle majorité présidentielle Guy Marius Sagna. Les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), au pouvoir, accusent l’ancien président d’avoir permis une répression violente, qui a fait plusieurs dizaines de tués, lors d’un mouvement de contestation entre 2023 et 2024, mais aussi d’avoir plongé le pays dans une situation d’endettement inquiétante.
Le 6 mars, un collectif de familles de victimes de la répression, proche du Pastef, a annoncé le lancement d’une campagne pour s’opposer à la candidature de Macky Sall. Un site, simplement intitulé « Non à Macky », propose déjà du contenu en anglais pour dénoncer la gestion de l’ex-dirigeant.
D’autres appellent à soutenir l’ancien président dans sa démarche. C’est le cas, en plus de la formation politique de Macky Sall, l’Alliance pour la République, de la députée indépendante Anta Babacar Ngom ou de l’élu d’opposition Thierno Alassane Sall. Le parti de ce dernier, La République des valeurs, voit dans cette candidature « une candidature africaine et, pour la première fois, celle d’un Sénégalais à une fonction internationale aussi stratégique ».
La démarche de Macky Sall n’est pas portée par le Sénégal. Formellement, c’est le Burundi, dont le chef de l’Etat, Evariste Ndayishimiye, assure la présidence en exercice de l’Union africaine, qui a déposé auprès de l’ONU la candidature du Sénégalais. Après le Portugais Antonio Guterres, l’Afrique, à l’instar d’autres continents, peut prétendre au poste.
Macky Sall a présenté un programme intitulé « Refonder le multilatéralisme pour un monde meilleur » qui insisterait, selon l’un de ses proches, sur les thématiques de l’environnement et de l’architecture financière internationale. L’ancien président est secondé par Oumar Demba Ba, « Diplo » de son surnom, son ancien conseiller diplomatique et l’administrateur de la fondation qui porte son nom.
Coups diplomatiques
« Macky Sall a prévenu la présidence sénégalaise de sa candidature et demandé son soutien. Pour le moment, il n’y a pas eu de retour », glisse un proche de l’ancien dirigeant. « Au sein de diplomatie et à la présidence, certains sont favorables à cette candidature. Le Sénégal n’occupe pas de poste international prestigieux depuis longtemps. Le dernier, c’était Jacques Diouf, qui a quitté la direction de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture en 2011. Il y a un sentiment d’effacement. D’autres, issus de l’opposition à Macky Sall, lui sont définitivement hostiles », ajoute-t-il.
L’ambition internationale de Macky Sall était déjà connue de nombreux dirigeants africains. Installé au Maroc depuis la fin de son mandat présidentiel, l’ex-président était devenu, pour quelques mois, envoyé spécial du Pacte de Paris pour les peuples et la planète, mécanisme français de soutien aux Etats vulnérables face aux crises et aux enjeux de transition climatique. Une position parfaite pour entretenir des réseaux d’influence.
C’est donc en l’absence de soutien de son propre pays, une situation rare, que Macky Sall a lancé sa campagne face à deux autres candidats annoncés : Michelle Bachelet, l’ancienne présidente chilienne (2014-2018), et Rafael Grossi, diplomate argentin et directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Après avoir rencontré le président français, Emmanuel Macron, à Paris, lors de la première semaine de mars, Macky Sall s’est envolé pour le forum de Bakou, en Azerbaïdjan. En Afrique, le Sénégalais peut déjà compter sur le soutien du dirigeant ivoirien Alassane Ouattara, dont il est proche. Résidant au Maroc, il a aussi plaidé sa cause auprès de la diplomatie chérifienne.
« Macky Sall est bien connecté à l’international. Il a de bonnes relations avec Vladimir Poutine comme avec Emmanuel Macron », souffle un de ses collaborateurs. Durant son mandat, le président sortant avait même réussi quelques coups diplomatiques, comme en 2022, lorsqu’il avait accéléré un accord entre la Russie et l’Ukraine pour débloquer les exportations de céréales à destination de l’Afrique, alors qu’il était à la tête de l’Union africaine.
Le plus difficile sera sans doute de s’assurer la sympathie du président américain, Donald Trump. « Ne pas brusquer les grandes puissances, tout en gagnant le cœur du Sud global, c’est son pari », résume le même proche de Macky Sall.
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