L’ancien président sénégalais Macky Sall abandonne la course au secrétariat général des Nations unies mais pas ses ambitions politiques

Le 17 octobre, l’ex-chef de l’Etat a annoncé son désistement à la succession d’Antonio Guterres faute de soutien, notamment de l’Union africaine, et à cause de la mobilisation des victimes des violences policières durant son deuxième mandat.

– En près de vingt années de carrière politique, c’était sans doute son pari le plus inattendu. Après avoir été premier ministre du Sénégal (2004-2007), puis président de l’Assemblée nationale, et enfin, par deux fois, président, Macky Sall ne visait rien moins que le secrétariat général des Nations unies. Sa tentative de reconversion a fait long feu. Samedi 17 octobre, il a annoncé son retrait de la course à la succession d’Antonio Guterres.

« J’ai pris cette décision avec un profond sens des responsabilités, en espérant contribuer ainsi à l’émergence d’une candidature consensuelle au sein du Conseil de sécurité », a fait valoir l’ancien dirigeant sénégalais dans un communiqué. La veille, lors du sixième vote informel, il avait essuyé trois vetos des cinq membres permanents et sept des membres non permanents. Un rejet ferme, mais comparable à celui qu’ont reçu les candidatures des six autres prétendants. Aucun d’entre eux, pas même la favorite, la Costaricaine Rebeca Grynspan, n’a obtenu les cinq feux verts des membres permanents du Conseil de sécurité.

La candidature de Macky Sall, la première d’un ancien chef d’Etat au plus haut poste des Nations unies, fut une course semée d’embûches. D’abord parce que son pays, le Sénégal, a dans un premier temps refusé de le soutenir. Ses anciens opposants qui ont conquis le pouvoir à Dakar, Bassirou Diomaye Faye (devenu président) et Ousmane Sonko (président de l’Assemblée nationale), entendaient plutôt lui faire « rendre des comptes » sur la dette « cachée » laissée par son régime et sur les violences préélectorales sanglantes qui ont fait des dizaines de morts entre 2021 et 2024.

Il lui aura fallu l’intervention de présidents du continent – l’Ivoirien Alassane Ouattara et le Congolais Denis Sassou Nguesso – pour rallier son pays natal à sa cause. Cette réconciliation a été mise en scène le 17 juillet, lorsque le président Faye a accueilli Macky Sall à Dakar, quelques semaines après avoir limogé son premier ministre, Ousmane Sonko.

Malgré ces soutiens, M. Sall n’a jamais obtenu l’appui de l’Union africaine. Le soutien du président en exercice de l’organisation continentale, Evariste Ndayishimiye, aura été au moins autant une aide qu’un handicap, tant le chef d’Etat burundais entretient des relations difficiles avec ses influents voisins, le Rwandais Paul Kagame et l’Ougandais Yoweri Museveni.

Fronde diplomatique

« Evariste Ndayishimiye a été un parrain peu efficace, explique le politologue Moussa Diaw. Macky Sall a fait les frais des rivalités stratégiques dans cette région à cause des tensions sécuritaires liées à la guerre en RDC. » A tel point que, fin juillet, à quelques heures du début du premier vote, une candidature ougandaise inattendue, celle du haut fonctionnaire onusien Olara Otunnu, a fait irruption, rendant la tâche de M. Sall encore un peu plus difficile.

« Le but était de diviser les voix de l’Afrique », s’insurge un proche de l’ancien président, qui accuse aussi l’Algérie d’avoir torpillé la candidature de M. Sall. « Alger jugeait que le Sénégal est diplomatiquement trop proche du Maroc, d’autant que Macky Sall y vit désormais. Alger a poussé la Somalie [l’un des dix membres non permanents du Conseil de sécurité de l’ONU] à voter contre Macky Sall », poursuit la source précitée.

A cette fronde diplomatique s’ajoutent le soutien timide de Paris et la bruyante mobilisation des collectifs de familles victimes des violences policières au Sénégal durant le deuxième mandat de M. Sall. La répression avait fait 65 morts, au moins 1 000 blessés et 2 000 arrestations, selon l’ONG Amnesty International. En juillet, certains de leurs représentants se sont rendus à l’ONU pour remettre un mémorandum au représentant spécial du secrétaire général des Nations unies Leonardo Santos Simão, appelant à exclure le Sénégalais de la course au secrétariat général.

Appels à une candidature féminine

M. Sall a aussi souffert d’une règle tacite au sein de l’ONU concernant le profil du secrétaire général, qui prévoit une rotation régionale. Ainsi, la prochaine mandature doit en théorie revenir à l’Amérique latine et aux Caraïbes. Par ailleurs, les appels se multiplient pour que, pour la première fois, une femme accède à ce poste prestigieux. Une volonté de parité sur laquelle misent les Emirats arabes unis, qui, à la surprise générale, ont présenté mercredi la candidature de leur ancienne cheffe de la diplomatie, Lana Nusseibeh.

« En dépit de cette loi, Macky Sall a pensé que son statut d’ex-président serait un avantage, mais ce fut l’inverse, estime Alexandra Novosseloff, chercheuse associée au Centre Thucydide de l’université Paris-Panthéon-Assas. Pour les Etats membres, le bilan désastreux d’Antonio Guterres, ex-premier ministre du Portugal [1995-2002], a prouvé que l’expérience au plus haut niveau de l’Etat n’est pas gage d’efficacité. »

A 64 ans, Macky Sall doit-il donc se résoudre à prendre sa retraite ? Des rumeurs, relayées par le média Africa Intelligence, faisaient état d’une possible candidature « imminente » au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie, dont l’élection doit se tenir les 14 et 15 novembre. Une ambition que l’intéressé a démentie auprès du député français Bruno Fuchs (MoDem), président de la commission des affaires étrangères en France, dans un message consulté par Le Monde.

Un retour en politique ?

D’après ses proches, l’ancien président sénégalais n’envisage néanmoins pas de poursuivre des jours tranquilles dans la villa marrakchie qu’il occupe. Certains assurent qu’un retour en politique dans son pays n’est pas exclu. Bien que sa formation politique, l’APR, qu’il dirige depuis l’étranger, ait perdu des cadres, débauchés par le nouveau parti présidentiel (Kiiraay, les patriotes républicains), Macky Sall demeure une figure respectée.

S’il est critiqué pour sa gestion erratique de la crise préélectorale, Macky Sall reste associé à une période économique plus faste. Face aux difficultés persistantes – le pays est endetté à hauteur de 130 % de son PIB –, une forme de nostalgie apparaît chez certains Sénégalais. D’aucuns le voient déjà regarder vers la présidentielle de 2029.

« Cette candidature manquée lui a malgré tout permis de se réconcilier avec le président Faye. Cela éloigne les risques de poursuites judiciaire,s d’autant qu’aucune plainte contre lui n’a été déposée, note le politologue Moussa Diaw. A l’approche des [élections] législatives et locales, Macky Sall peut redynamiser son parti. Il reste un homme d’Etat endurci par le combat politique, capable de se refaire. »

 

 

 

 

 

 

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