Dans sa réponse, le chef de l’État a brièvement évoqué la raffinerie de Nouadhibou, reconnaissant que cette expérience n’avait pas été une réussite.
Cette déclaration mérite un rappel historique, car beaucoup de Mauritaniens connaissent le nom de la raffinerie sans réellement connaître son histoire.
En 1973, la Mauritanie décide de construire une raffinerie de pétrole à Nouadhibou.
À l’époque, le pays souhaite réduire sa dépendance aux importations de produits pétroliers raffinés et disposer d’un outil industriel capable de transformer le pétrole brut en essence, gasoil, kérosène et autres dérivés.
Les travaux sont confiés à l’entreprise autrichienne Voest Alpine sous la supervision de la SNIM.
En 1978, la construction est achevée pour un coût estimé à près de 100 millions de dollars, un investissement colossal pour la Mauritanie de l’époque.
Mais au moment de la livraison, un grave problème technique est découvert.
Les installations présentent des défauts importants qui empêchent leur réception officielle. L’État mauritanien refuse donc de réceptionner définitivement l’ouvrage.
Un différend oppose alors la SNIM à l’entreprise constructeur. Celui-ci se termine par un règlement à l’amiable au cours duquel la société autrichienne verse à la partie mauritanienne plus de 20 millions de dollars à titre de compensation. Toutefois, les problèmes techniques ne sont jamais totalement corrigés.
En 1982, malgré ces difficultés, la raffinerie est mise en service pour la première fois.
Entre 1982 et 1983, elle traite environ 200 000 tonnes de pétrole brut. Elle a donc bien raffiné du pétrole, contrairement à une idée souvent répandue. En revanche, elle n’a jamais réussi à fonctionner durablement ni à atteindre les performances prévues lors de sa conception.
À partir de 1983, les activités de raffinage sont interrompues pour des raisons économiques et techniques.
En 1985, la Mauritanie et l’Algérie signent un accord afin de tenter de sauver le projet. L’Algérie accorde un financement d’environ 25 millions de dollars pour réhabiliter les installations.
En 1987, la société algérienne NAFTAL prend en charge l’exploitation de la raffinerie dans le cadre d’une convention de gestion.
Entre 1987 et 1999, plusieurs tentatives sont menées pour faire fonctionner les installations. La raffinerie produit effectivement une partie des carburants consommés en Mauritanie, mais elle ne parvient jamais à fonctionner à son régime nominal. Une grande partie des besoins du pays continue donc d’être couverte par des importations.
Les spécialistes expliquent cet échec par plusieurs facteurs : des défauts techniques dès la construction, une technologie rapidement dépassée après les chocs pétroliers des années 1970, des coûts d’exploitation élevés et, selon le ministère du Pétrole, l’absence d’une véritable étude de faisabilité avant le lancement du projet.
En 1999, les unités de raffinage sont définitivement arrêtées. Jusqu’en 2002, NAFTAL continue néanmoins d’approvisionner le marché mauritanien en important directement des produits pétroliers raffinés.
À partir de 2002, la raffinerie cesse définitivement toute activité de raffinage.
En revanche, le site continue d’être utilisé comme dépôt de stockage et de distribution des hydrocarbures importés. C’est une distinction importante : les unités qui raffinaient le pétrole sont arrêtées, mais les réservoirs de stockage, le terminal pétrolier et les installations logistiques continuent de jouer un rôle stratégique dans l’approvisionnement énergétique du pays.
En 2021, l’État décide de lancer des opérations de sécurisation et de démantèlement des anciennes unités de raffinage afin d’éliminer les risques industriels et environnementaux liés à des installations laissées à l’abandon pendant plus de vingt ans.
Aujourd’hui, lorsqu’on parle de la « raffinerie de Nouadhibou », il faut donc distinguer deux réalités.
La première est celle du projet industriel imaginé dans les années 1970 : une véritable raffinerie destinée à transformer du pétrole brut. Ce projet n’a jamais atteint les objectifs fixés et n’a jamais été pleinement opérationnel.
La seconde est celle des infrastructures de stockage, qui continuent d’assurer une mission essentielle pour la sécurité énergétique de la Mauritanie en recevant, stockant et distribuant les produits pétroliers importés.
L’histoire de la raffinerie de Nouadhibou est celle d’un projet extrêmement ambitieux, lancé avec de grandes espérances, mais fragilisé dès son origine par des difficultés techniques, économiques et de gouvernance. Elle demeure l’un des plus importants enseignements de l’histoire industrielle de la Mauritanie.
Souleymane Hountou Djigo
Journaliste, blogueur
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