Agence Ecofin – Face à un chômage des jeunes qui persiste malgré des décennies d’annonces publiques, la Mauritanie ouvre un nouveau forum afin de créer un nouveau mécanisme de suivi de l’emploi et de la formation.
La Mauritanie poursuit ses efforts pour l’insertion professionnelle de sa jeunesse, sans qu’un impact mesurable ait été documenté publiquement. À Nouakchott, le ministre de l’Autonomisation des jeunes, de l’Emploi, des Sports et du Service civique, Mohamed Abdellahi Ould Louly (photo, au centre), a présidé, mardi 21 juillet, l’ouverture du Forum national sur l’avenir de l’emploi à l’ère de l’intelligence artificielle. À ses côtés siégeaient le ministre de la Formation professionnelle, Mohamed Malainine Ould Eyih (photo, à gauche), et le président de l’Union nationale du Patronat mauritanien, selon des informations relayées par l’Agence mauritanienne d’information (AMI).
L’ambition affichée est claire. Le forum pose les bases d’un mécanisme commun de suivi du marché du travail. Il s’agit d’évaluer l’insertion des diplômés et d’actualiser les cursus de formation en continu. « L’adéquation de la formation à l’emploi n’est pas la responsabilité d’un seul secteur, mais bien une responsabilité nationale partagée qui exige une réponse globale et coordonnée impliquant divers secteurs gouvernementaux et le secteur privé », a résumé le ministre de l’Autonomisation des jeunes, selon la même source.
Dix ans d’initiatives, un bilan encore absent
Cette promesse a pourtant un précédent bien établi. Dès novembre 2015, l’Organisation internationale du travail (OIT) lançait, en Mauritanie, le Projet d’appui à la finalisation de la politique nationale de l’emploi et du système d’information sur le marché de l’emploi et de la formation (PNE-SIMEF). Financé à environ 1 million de dollars par la Banque africaine de développement, il visait déjà à doter le pays d’un système d’information sur le marché de l’emploi et de la formation, précise l’OIT sur son site officiel. Dix ans plus tard, l’objectif formulé reste identique, sans qu’un bilan public de l’impact social de ce premier dispositif n’ait jamais été communiqué.
Le rythme des annonces s’est même accéléré ces dernières semaines. En juin dernier, à peine un mois avant ce forum, le même ministre lançait déjà « Mourchid ». Cette plateforme numérique était présentée comme « un trait d’union entre les politiques publiques et la jeunesse, dans le cadre de la mise en œuvre du programme gouvernemental ». Selon les sources officielles, elle devait permettre à la jeunesse mauritanienne « d’avoir un accès fluide et immédiat aux différents programmes, services et opportunités du ministère, 24 heures sur 24 et depuis n’importe quel appareil numérique ».
Une sous-utilisation persistante de la main-d’œuvre
Ces deux dispositifs, annoncés en peu de temps, interrogent sur leur articulation réelle. Les chiffres rappellent quant à eux l’urgence du problème. En 2024, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) s’établissait à 11,1 %, contre un niveau plus élevé en 2019, selon l’Enquête nationale trimestrielle sur l’emploi citée, en avril 2025, par le ministère de l’Économie et des Finances. Il touche davantage les femmes, à 15 %, que les hommes, à 8,7 %. En intégrant le sous-emploi lié au temps de travail, ce taux grimpe à 16,3 %. Avec la main-d’œuvre potentielle aujourd’hui inactive, il atteint 30,5 % de la population active mauritanienne, un niveau de sous-utilisation qui dépasse largement le taux de chômage officiellement annoncé.
Félicien Houindo Lokossou
Source : Agence Ecofin
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