Le Monde – Ce doit être les dernières semaines qu’il passe au sein du Musée du quai Branly, à Paris, loin de sa terre d’origine. Volé il y a cent dix ans au village d’Adjamé, devenu une commune d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne, le « tambour parleur » Djidji Ayôkwé appartient de nouveau formellement à la Côte d’Ivoire. Vendredi 20 février, les autorités françaises, représentées par la ministre de la culture, Rachida Dati, l’ont remis à leurs homologues ivoiriennes lors d’une cérémonie de restitution. Sculpté en bois d’iroko, long de 3,5 mètres et pesant 430 kilos, il avait été pillé lors de la colonisation, après que les Français eurent compris qu’il était utilisé par les Atchans (aussi appelés Ebriés) comme un instrument de résistance.
« Nous y sommes, enfin », a déclaré Rachida Dati, se réjouissant d’un moment qualifié d’« historique ». Elle a salué un « partenariat exemplaire » entre la Côte d’Ivoire et la France, qui a permis la restitution d’un bien « confisqué de manière illicite ». « Ce retour n’est pas une revanche sur l’histoire, poursuit Françoise Remarck, son homologue ivoirienne. Il est une victoire du dialogue sur le silence. »
Signe de l’importance de l’événement, dans l’assemblée se trouvent aussi Khaled El-Enany, directeur général de l’Unesco, et Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie. Après les discours, l’acte de transfert de propriété a été signé par les deux ministres : le Djidji Ayôkwé devient le premier artefact restitué à la Côte d’Ivoire par la France.
Long processus d’échanges
Son rôle est particulièrement symbolique. « Il porte en lui toute la mémoire d’un peuple », explique Claude Paulin Danho, vice-gouverneur du district autonome d’Abidjan et Atchan lui-même, pour qui ce retour est « le début d’un processus ». « Le peuple est fier de savoir que ce qui avait été arraché dans la douleur revient dans l’espérance », conclut-il.
Le Djidji Ayôkwé, dont le nom signifie « panthère-lion » en ébrié, était utilisé par le peuple bidjan, originaire d’Abidjan, qui appartient au groupe plus large des Atchans, pour transmettre des messages sur plus de 20 kilomètres, et en particulier pour alerter les villages lors des enrôlements forcés orchestrés par les colons français. Après l’avoir volé en 1916 pour priver les Atchans de leur mode de communication, ceux-ci ont laissé le tambour sacré à l’abandon dans la cour du gouverneur, jusqu’en 1929. Le Djidji Ayôkwé a ensuite été expédié au Musée d’ethnographie du Trocadéro, à Paris, puis conservé au Musée du quai Branly depuis son inauguration, en 2006. Sa restitution est le fruit d’un long processus d’échanges entre les représentants de la communauté atchan, le Musée des civilisations d’Abidjan, qui accueillera le tambour, et le Musée du quai Branly.
En 2022, un an après l’engagement du président français, Emmanuel Macron, à restituer le Djidji Ayôkwé, une délégation atchan s’était rendue au musée pour une cérémonie de « désacralisation », permettant à l’instrument d’être restauré. Selon la description faite sur le site du Musée du quai Branly, il s’agissait de « coller certains éléments dissociés », de « renforcer la partie inférieure du tambour en injectant une résine de consolidation » et de créer un socle pour déplacer plus facilement le tambour. Si le bois porte les traces du temps, les teintes jaune et orange des motifs géométriques restent nettes.
Source : Le Monde
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