La CAN 2025, miroir des tensions entre le Maroc et l’Algérie

La compétition footballistique reflète la crise politique en cours entre les deux pays, dont les frontières communes sont fermées depuis 1994 et qui ont rompu, en 2021, leurs relations diplomatiques.

Le Monde   – On savait le football perméable à la géopolitique, l’actuelle Coupe d’Afrique des nations (CAN) le prouve à nouveau. Depuis son lancement le 21 décembre, le tournoi continental charrie son lot de tensions entre le Maroc, pays hôte de la compétition, et l’Algérie, éliminée en quarts de finale. Les deux pays ayant rompu leurs liens diplomatiques à l’été 2021 – les frontières sont fermées depuis 1994 –, la relation algéro-marocaine est quasi au point mort.

Dernier épisode en date de la crise bilatérale, le groupe de hackeurs prénommé Jabaroot a annoncé, mardi 13 janvier, avoir piraté la Fédération royale marocaine de football. Les pirates ont indiqué, sur Telegram, avoir accès à « ses bases de données, aux contrats des joueurs et aux fichiers administratifs » et ont publié des copies supposées de documents d’identité de joueurs marocains, dont celui de la vedette Achraf Hakimi.

Alors que Jabaroot (mot arabe signifiant « puissance » ou « domination ») a changé à plusieurs reprises de comptes sur Telegram, rien n’indique à ce stade que les auteurs soient les mêmes que ceux ayant piraté, en avril 2025, la Caisse nationale de sécurité sociale du Maroc – ils se présentaient alors comme des « patriotes algériens ». D’autres actions menées sous le label Jabaroot avaient par la suite visé les forces de sécurité marocaines et les palais royaux, fin octobre.

Reste que l’attaque contre la fédération marocaine n’est pas sans lien avec l’Algérie. Les pirates indiquent avoir agi en représailles à l’incarcération de Raouf Belkacemi, un influenceur algérien arrêté au Maroc et poursuivi pour « indécence publique » et « propos contraires aux mœurs et à l’éthique publique ». La justice marocaine lui reproche de s’être filmé en train d’uriner dans un stade de Rabat, le 6 janvier, lors du match ayant opposé l’Algérie à la République démocratique du Congo (1-0). Le streamer risque jusqu’à un an de prison. L’affaire est on ne peut plus commentée dans le royaume.

Un autre supporteur de l’équipe des Fennecs – dont l’identité n’a pas été rendue publique – a par ailleurs été interpellé après avoir été filmé en train de déchirer des billets de banque durant la rencontre entre l’Algérie et le Nigeria (0-2), samedi. Sans juger les faits incriminés, on peut légitimement douter qu’une telle exposition médiatique se serait produite si ces comportements présumés avaient été ceux de supporteurs d’autres pays africains.

Guerre informationnelle

C’est que, comme le soleil déteint les tissus, la rupture algéro-marocaine altère tout ce qui pourrait réunir les deux pays, ballon rond compris. Avant même la compétition, l’arrivée des Fennecs au Maroc dans un avion de la compagnie tunisienne Nouvelair, alors qu’Air Algérie est le transporteur officiel de la sélection nationale, a provoqué les moqueries des internautes marocains.

La polémique a enflé lorsque l’équipe algérienne a embarqué, vendredi, à bord d’un avion de Royal Air Maroc pour rallier Rabat à Marrakech, où se jouait leur quart de finale, le lendemain. Des comptes algériens ont diffusé les images de l’appareil en masquant le logo de la compagnie marocaine.

Nourrie, notamment, par le conflit au Sahara occidental et la reprise, en 2020, des relations officielles entre le Maroc et Israël – qu’Alger ne reconnaît pas –, la rivalité algéro-marocaine est à présent la source d’une guerre informationnelle qui n’épargne pas le football et dépasse les frontières. Même si des influenceurs, souvent anonymes, sont suivis voire relayés par des diplomates des deux pays, aucun élément ne permet d’accréditer la participation des autorités marocaines et algériennes à cette propagande en ligne.

Les protestations de la Fédération algérienne de football contre l’arbitrage ont très vite viré, dans la presse algérienne, aux accusations contre un prétendu favoritisme au bénéfice du pays hôte. « Acheter la CAN, c’est gagner la paix sociale », affirmait le quotidien El Moudjahid, organe officiel du pouvoir algérien, au soir de la défaite des Fennecs contre les Super Eagles nigérians.

Croire que l’Algérie réagit ainsi uniquement à cause du Maroc est un peu court. C’est oublier que cette même fédération s’était déjà élevée contre l’élimination de sa sélection, en 2022, lors du barrage qualificatif pour la Coupe du monde au Qatar. Lors de cette même compétition, la fédération marocaine s’était d’ailleurs plainte, elle aussi, auprès de la Fédération internationale de football après son historique demi-finale perdue contre la France.

A l’issue du match, l’ancien ministre marocain de l’économie et ex-maire de Rabat, Fathallah Oualalou, écrivait : « Il est important de relever le comportement des Algériens qui ont accompagné avec ferveur et enthousiasme la belle aventure marocaine, malgré l’état de rupture totale qui caractérise les rapports des deux Etats. En 2019, les Marocains étaient, de leur côté, des soutiens de l’équipe algérienne de football quand elle a remporté la CAN. Ce comportement ne procède pas seulement de l’émotion, mais aussi de la raison qui appelle à la normalisation des rapports entre l’Algérie et le Maroc. »

Les Fennecs éliminés, il reste à savoir si, mercredi soir, les fans algériens de football préféreront soutenir le Nigeria, qui les a défaits, ou le Maroc, avec lequel les relations sont décidément compliquées.

 

 

 

 

Source : Le Monde  

 

 

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