BBC Afrique – Kémi Séba reste en prison. La justice sud africaine a fixé une nouvelle date d’audience pour le 29 avril, le temps pour elle d’examiner la demande de libération sous caution du militant anti-colonialiste et panafricaniste et l’authenticité des documents qu’il a présentés devant le tribunal.
Au cours d’une première courte comparution ce lundi, accompagné de son fils et d’une trosième personne présentée comme étant François Van de Merwe, un militant « suprémaciste blanc » selon The Africa Report, le parquet sud africain a demandé le report de l’audience afin de vérifier l’authenticité des documents présentés par Kémi Séba.
Selon un avocat du militant anticolonialiste, une procédure pour obtenir le statut de réfugié politique en Afrique du Sud a été introduite par son client, ce qui lui permettra de séjourner légalement dans le pays.
Le Bénin prépare une demande d’extradition
Le Procureur Spécial de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) du Bénin, Mario Metonou, a indiqué pour sa part au cours d’une conférence de presse à Cotonou que Kemi Seba était sous le coup de deux mandats d’arrêt délivrés à son encontre par la commission d’instruction de la CRIET.
« Le premier, en date du 13 juin 2025, porte sur des faits de blanchiment de capitaux. Le second, en date du 12 décembre 2025, concerne des faits d’apologie de crimes ainsi que d’incitation à la haine et à la violence » a-t-il précisé.
Il affirme avoir « officiellement saisi les autorités judiciaires de République d’Afrique du Sud, par les canaux légaux, d’une demande d’arrestation provisoire » de Kemi Seba en exécution de ces deux mandats.
L’objectif était « d’obtenir son placement en détention provisoire en Afrique du Sud au titre des infractions commises au Bénin, dans l’attente de la formalisation d’une demande d’extradition » a-t-il souligné.
Mario Mètonou a indiqué qu’à ce stade, « la demande d’extradition du Bénin n’a pas encore été soumise » qu’ il « procède actuellement à la préparation de cette demande, laquelle s’inscrit dans le cadre des conventions multilatérales auxquelles la République du Bénin et la République d’Afrique du Sud sont parties ».
Ce que l’on sait des circonstances de son arrestation
C’est la police sud-africaine elle-même qui donne l’information via un communiqué.
Kémi Séba a été arrêté en compagnie de son fils, pour des « faits présumés de facilitation d’entrée illégale au Zimbabwe via le fleuve Limpopo », informe la police sud-africaine dans son communiqué cité par l’AFP.
« Il a été arrêté lundi en compagnie de son fils de 18 ans lors d’une opération d’infiltration menée dans un centre commercial de Pretoria ».
Un « passeur », qui aurait été payé pour les aider à passer illégalement au Zimbabwe, a également été interpellé.
« Les premières enquêtes ont révélé que Kémi Séba serait recherché en France et au Bénin pour des activités criminelles liées à des crimes contre l’État », déclare la police sud-africaine.
Kémi Séba et son fils avaient l' »intention de poursuivre leur route vers l’Europe » depuis le Zimbabwe.
Les deux hommes « ont été placés en détention provisoire, une procédure d’extradition étant en cours » indique la police sud-africaine qui précise que « leur comparution a été reportée au 20 avril 2026 ».
L’arrestation du duo père et fils a eu lieu dans un »centre commercial de Prétoria où Kemi Seba a été interpellé en compagnie d’un facilitateur, qui avait reçu 250.000 rands, soit environ 13.000 euros, pour l’aider à traverser la frontière ».
Réaction des militants d’Urgences Panafricanistes
Certains des partisans de Kémi Séba ont dénoncé cette arrestation considérée comme étant motivée par des considérations politiques.
« C’est une tentative visant à intimider une figure de proue du panafricanisme. Nous nous battrons contre cela. Nous nous battrons jusqu’à ce que M. Seba soit libéré », a déclaré à la BBC Sayia Moudongo, membre d’une association de la diaspora à Paris.
Né en France de parents originaires du Bénin, M. Seba est une figure de proue qui compte 1,5 million d’abonnés sur les réseaux sociaux.
Il dirige l’ONG Urgences Panafricanistes qui défend les questions liées à la souveraineté et à la solidarité africaines.
Le mandat d’arrêt international
Le 12 décembre dernier, un mandat d’arrêt international visant Kémi Séba a été lancé par le Bénin qui l’accuse d’apologie de coup d’Etat après la tentative avortée de renversement du pouvoir par un groupe de soldats le dimanche 07 décembre 2025.
Dans une vidéo partagée sur les réseaux sociaux à la suite de la déclaration des soldats putchistes à la télévision publique annonçant le renversement du pouvoir de Patrice Talon, Kémi Séba avait tenu les propos suivants :
« Le Bénin est libéré. Des militaires patriotes, dignes et courageux en adéquation avec la voie de souveraineté populaire, ont pris en adéquation avec la voix de ceux et celles qui se lèvent chaque jour pour cette dignité ont pris leurs responsabilités. Ils ont mis aux arrêts le président Talon. Et c’est le début de la lecture de l’heure ».
Après l’échec de la tentative de coup d’Etat, le Bénin a lancé un mandat d’arrêt international contre lui pour « apologie de crimes contre la sûreté de l’État et incitation à la rébellion ».
Qui est Kémi Séba ?
Crédit photo,Photo by STEPHANE DE SAKUTIN/AFP via Getty Images)
Kemi Seba, de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, est né le 9 décembre 1981 à Strasbourg (France).
A la tête de « Urgences panafricanistes », une ONG panafricanistes ayant des représentations dans une dizaine de pays en Afrique de l’Ouest et du Centre, Kémi Séba s’est fait une réputation à travers ses attaques virulentes contre la France et certains régimes africains dont celui du Bénin supposés proches des intérêts français.
Grand tribun, l’homme a organisé dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest notamment au Sahel des manifestations et rassemblements contre la présence française en Afrique.
Né franco-béninois, il a été déchu de sa nationalité française en 2024, en raison de ses attaques contre les intérêts français en Afrique et son soutien aux intérêts russes dans les pays du Sahel où des régimes militaires ont demandé et obtenu le départ des soldats français.
Abdou Aziz Diédhiou
BBC News Afrique
Source : BBC Afrique
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