So Foot – Chaque mercato réserve son lot de feuilletons interminables. Celui de Julián Alvarez coche toutes les cases : déclarations en pleine Coupe du monde, bras de fer avec l’Atlético, pression du Barça et même plainte devant les instances. Ce dossier résume à lui seul l’hérésie d’un marché où le football passe au second plan…
Les années passent et, à chaque mercato, le football semble s’enfoncer un peu plus dans l’excès, les abus et les bêtises d’un marché qui n’a ni queue ni tête. Les sommes deviennent ridicules (Morgan Rogers pour 137 patates, Elliot Anderson pour 135, Yan Diomandé pour 125…) tout comme les méthodes pratiquées par les clubs, les joueurs, les entourages et les agents. Le feuilleton qui illustre le mieux cette ineptie générale est celui de Julián Alvarez. Sous contrat jusqu’en 2030 avec l’Atlético de Madrid, l’Argentin souhaite quitter son club cet été. Un dossier en plusieurs épisodes résumé en un mot : exaspérant.
Un dossier à rebondissements
L’intrigue commence aux États-Unis. Avant que l’Argentine n’étrille l’Autriche en phase de poule de Coupe du monde, l’attaquant de l’Albiceleste pense davantage à son avenir qu’à obtenir une deuxième étoile. « J’ai discuté avec les dirigeants de l’Atlético de Madrid, et je pense que le mieux pour tout le monde est un transfert. Je veux réaliser mon rêve », balance Alvarez au micro d’ESPN. Une attaque envers le prestige de l’Atlético, un club qui lui a donné sa chance alors qu’il était la doublure d’Erling Haaland à Manchester City.
Julián a un rêve, et nous, les supporters de l’Atlético, en avons aussi.
Certes, le joueur est libre de ses mouvements et son ras-le-bol de jouer les seconds rôles (4e en Liga et demi-finaliste de la Ligue des champions cette saison avec les Colchoneros) en dépit de son talent mérite d’être entendu. Cependant, la manière n’est pas au rendez-vous, surtout en plein milieu du Mondial où l’Argentin avait d’autres chats à fouetter – les Espagnols en finale, par exemple. « Je regrette profondément ses propos, avait alors déclaré Miguel Ángel Gil Marín, le boss du club madrilène depuis 1993. Ce n’était pas le moment de faire de telles déclarations. Julián a un rêve, et nous, les supporters de l’Atlético, en avons aussi.» L’épisode un se termine par une offre de 150 millions d’euros envoyée par le Real Madrid. Refusée nette par l’Atlético.
Les Colchoneros le font rapidement savoir dès l’incipit du chapitre deux : ils ne veulent pas vendre leur meilleur élément, auteur de 49 buts en deux saisons. « Nous avons été très clairs : l’Atlético ne souhaite pas le céder », déclarait le PDG de l’Atlético. Ce veto n’a pas empêché le FC Barcelone, en pôle position pour le recruter, de revenir à la charge avec une offre sur la table. L’obstination du club catalan n’a pas plu aux dirigeants de l’Atléti. En réponse, les Madrilènes ont déposé une plainte à la fédération espagnole pour dénoncer les méthodes trop agressives du Barça. Une procédure disciplinaire a alors été lancée par la fédé. Samedi, Diego Simeone a remis de l’huile sur le feu depuis Séoul, où le club madrilène jouera un match amical ce dimanche contre Manchester City. « La situation est très claire puisque le club a pris une décision que Miguel Ángel a très bien expliquée. »
Les fléaux du mercato
Dans cette histoire, les protagonistes sont plus ridicules les uns que les autres. Club européen expérimenté, l’Atlético devrait savoir que retenir un joueur qui souhaite plier bagage est une idée contre-productive. Tant que le mercato n’est pas fermé, le comportement jusqu’au-boutiste du club madrilène pèsera sur le début de saison. À l’instar de sa tactique sur le terrain, Simeone impose ses idées, bétonne et finira par chuter, soit parce qu’Alvarez ne voudra plus jouer, soit car ils n’auront pas eu le temps de trouver son remplaçant s’il part en fin de mercato.
De son côté, le FC Barcelone met sous pression son adversaire et semble être prêt à toutes les manigances pour arriver à ses fins. L’Atlético, lui, use des moyens juridiques pour conserver son joueur. Ne parlons pas du Real Madrid qui, selon Marca, avec son offre cherchait juste à faire monter les enchères et mettre de la friture sur la ligne entre ses deux rivaux. En somme, le feuilleton autour de l’Araña concentre les fléaux du mercato moderne : des guéguerres entre clubs, des déclarations d’un joueur dans la presse qui mettent le feu aux poudres et des plaintes envers les fédérations pour dénoncer un marché des transferts où tout semble permis.
Plus les jours passent, plus la toile d’araignée d’un mercato devenu complètement dérégulé piège l’ensemble des acteurs du dossier. On en oublierait presque qu’on parle de football. Preuve en est : personne n’évoque les qualités et les défauts de ce joueur bankable. Qu’importe l’épilogue de ce feuilleton – le plus tôt serait le mieux –, Julián Alvarez aura dû attendre deux saisons avant de remporter un titre avec l’Atlético. Bravo à lui, il vient de remporter le trophée du dossier le plus alambiqué de ce mercato estival 2026.
Mathis Blineau-Choëmet
Source : So Foot (France)
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