À l’occasion de la Journée internationale de la langue et de la culture soninké, célébrée le 25 septembre, je souhaite partager quelques réflexions sur la préservation de cette langue, la richesse de son patrimoine culturel et les valeurs humaines qui devraient accompagner sa transmission aux générations futures.
Être Soninké fait partie intégrante de mon identité. Je suis profondément attaché à cette culture, à son histoire, à ses traditions et aux valeurs de solidarité et de respect qui la caractérisent. Cet attachement ne m’empêche cependant pas de rejeter catégoriquement certaines pratiques injustes et discriminatoires qui persistent au sein de la communauté soninké, notamment celles fondées sur la naissance, l’ascendance ou le statut social.
Aimer sa culture ne signifie pas accepter toutes ses pratiques. Préserver ses traditions ne signifie pas perpétuer les injustices du passé. Chaque être humain mérite le même respect et la même dignité, indépendamment de ses origines familiales ou de sa condition sociale. Ce principe est universel et devrait guider toutes les communautés, quelles que soient leurs origines ou leurs traditions.
Cette journée est également l’occasion de réfléchir à l’avenir de la langue soninké et aux moyens de lui assurer une place durable dans le monde contemporain.
Porter des vêtements traditionnels, célébrer les coutumes et mettre en valeur les différentes expressions de l’identité culturelle soninké sont des initiatives importantes et légitimes. Toutefois, la préservation d’une langue ne peut se limiter à sa célébration symbolique. Elle exige également un engagement intellectuel, scientifique et éducatif permettant d’en assurer le développement et la transmission aux générations futures.
Il est essentiel de créer un environnement favorable à la recherche sur la langue soninké, à la production d’ouvrages scientifiques et pédagogiques, à l’enrichissement de son vocabulaire et à son utilisation dans des domaines tels que les mathématiques, les sciences, la technologie et l’enseignement supérieur.
À titre personnel, j’ai commencé à écrire en langue soninké vers 2010, animé par le désir de contribuer, à ma modeste échelle, à sa préservation et à son développement. J’avais notamment entrepris un travail visant à développer l’expression des concepts mathématiques en soninké, avec l’ambition de contribuer à la création d’un vocabulaire mathématique susceptible de faciliter l’enseignement et la diffusion des connaissances scientifiques dans cette langue.
Cette initiative nécessitait naturellement la collaboration de personnes maîtrisant les subtilités linguistiques du soninké, afin de relire, de discuter et de valider les formulations proposées. Malheureusement, à quelques exceptions près, je n’ai pas rencontré la disponibilité et l’engagement nécessaires pour faire progresser ce travail collectif. Certaines personnes dont j’espérais la contribution n’ont pas souhaité participer à la relecture et à la validation des textes proposés.
Faute de pouvoir poursuivre ce projet dans des conditions satisfaisantes, j’ai finalement décidé de suspendre ces travaux et de consacrer mon temps à mes propres activités de recherche en mathématiques.
Je garde néanmoins la conviction que cette initiative, comme bien d’autres, mérite d’être encouragée et poursuivie. Son développement nécessitera une véritable volonté collective, une collaboration entre linguistes, enseignants, chercheurs et personnes maîtrisant la langue soninké, ainsi qu’un engagement concret en faveur de la production et de la diffusion des connaissances dans cette langue.
La vitalité d’une langue ne se mesure pas uniquement à la manière dont nous la célébrons, mais aussi à notre capacité à en faire un instrument vivant de transmission du savoir, de création intellectuelle et de progrès scientifique.
Cette réflexion dépasse naturellement le cadre de la seule communauté soninké. Elle concerne toutes les langues et toutes les cultures dont la préservation et le développement nécessitent un engagement collectif allant au-delà des célébrations et des manifestations culturelles.
En cette journée du 25 septembre, mon souhait est que la communauté soninké puisse conjuguer son attachement aux traditions avec une vision ambitieuse de l’avenir de sa langue, tout en œuvrant pour une société plus juste, plus fraternelle et respectueuse de la dignité de chacun.
Préserver un héritage culturel est une responsabilité collective. Lui donner les moyens de s’enrichir, de se développer et de répondre aux besoins des générations futures l’est tout autant.
Bonne Journée internationale de la langue et de la culture soninké à toutes et à tous, Soninkés et amis de la culture soninké !
Toka Diagana
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