
Le Figaro – L’ancien premier ministre entend ainsi effacer une «ingratitude» de la France, qui a un «devoir de reconnaissance central» vis-à-vis des troupes d’infanterie recrutées aux XIXe et XXe siècle dans son Empire colonial.
Il n’est pas encore officiellement candidat pour 2027, mais il se projette déjà sur un marqueur fort d’un mandat de président de la République. Dominique de Villepin a affirmé dimanche que la première personne qu’il fera entrer au Panthéon s’il est élu sera «un tirailleur sénégalais». «Parce que j’aime bien que la France reconnaisse ses dettes», s’est-il justifié sur le plateau de BFMTV. L’ancien premier ministre estime que l’histoire du pays est «faite de beaucoup d’ingratitudes», et qu’il «n’oublie pas» la «façon dont nous avons traité les tirailleurs sénégalais». «J’estime que vis-à-vis de l’Afrique, il y a un devoir de reconnaissance central», ajoute-t-il.
Le corps des tirailleurs sénégalais a été créé en 1857 par un décret de Napoléon III. Malgré leur nom, ces soldats ne sont pas uniquement originaires du Sénégal : ils sont recrutés plus largement en Afrique subsaharienne, notamment dans les territoires qui formeront l’Afrique-Occidentale française. Les tirailleurs sénégalais ont ainsi joué un rôle actif dans plusieurs batailles décisives de l’histoire de France, notamment les campagnes coloniales à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, les conflits de décolonisation en Indochine (1945-1954) et en Algérie (1954-1962), mais aussi les deux guerres mondiales.
«Entre 1914 et 1918, sur les 161.250 tirailleurs recrutés, 134.000 interviennent sur différents théâtres d’opérations, notamment aux Dardanelles et sur le front de France, à Verdun ou sur la Somme (1916), tandis que les autres servent outre-mer comme troupe de souveraineté», peut-on lire sur le site officiel du ministère des Armées. Ce sont «grâce» à eux que «nous avons gagné la Première Guerre mondiale», assure Dominique de Villepin. «Sans la contribution de l’Empire colonial, la France qui est en paix aujourd’hui et dans laquelle nous vivons ne serait pas la nôtre», poursuit-il. Durant la Seconde Guerre mondiale, les tirailleurs sénégalais participent à la bataille de France en 1940, mais aussi à celle de Bir Hakeim en 1942, sans oublier le débarquement de Provence en 1944.
De nombreux débats sur la reconnaissance des tirailleurs
Ces régiments ont été définitivement supprimés au début des années 1960. La reconnaissance de leur contribution à l’histoire du pays fait depuis l’objet de nombreux débats. Dominique de Villepin juge ainsi que la France a fait preuve «d’ingratitude», citant notamment le massacre par l’armée française en 1944 au Sénégal de tirailleurs africains qui réclamaient leurs soldes. «Je ne l’oublie pas», dit l’ancien ministre des Affaires étrangères, qui se confie également sur le lien familial et personnel qu’il entretient avec cette histoire: « Un certain nombre de [s]es parents ont combattu avec ces tirailleurs.»
Faire entrer un tirailleur sénégalais au Panthéon serait ainsi, pour Dominique de Villepin, un moyen de solder cette dette. «Un certain nombre de nos présidents ont commencé à reconnaître les dettes de la France. Jacques Chirac l’a fait, Nicolas Sarkozy a fait des gestes aussi, François Hollande, et Emmanuel Macron en a fait d’autres», assure-t-il.
À rebours de l’ancien premier ministre, Guillaume Perrault, rédacteur en chef Histoire au Figaro, expliquait dans un grand récit historique qu’il est «tout à fait inexact, et même faux, d’affirmer que la France a oublié le tirailleur sénégalais». «Ce personnage était familier à tous les Français qui avaient vécu la première ou la Seconde Guerre mondiale», affirmait-il. «L’armée française n’a cessé d’honorer leur mémoire. Sur le plan scolaire, les manuels d’histoire évoquaient leur rôle. À l’université, les travaux ne se sont pas taris. Et, pour les amateurs d’histoire, il s’agit d’un sujet classique et recensé, dont on connaît au moins les rudiments. Certes, l’intérêt des médias et du public fluctue inévitablement selon les périodes, mais les tirailleurs africains n’ont jamais été, en France, passés sous silence, encore moins occultés ou tabous.»
Source : Le Figaro
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