– Depuis que l’usage du smartphone chez les adolescents est quasi unanimement condamné, et que chaque consultation de téléphone est surveillée par des yeux d’adultes suspicieux, ceux-ci ont trouvé dans les toilettes leur sanctuaire. Ils ne sont plus les seuls, les petits coins sont devenus le dernier refuge d’une société en lutte contre l’addiction numérique.
C’est arrivé près de chez vous
C’est, paradoxalement, le savoir-vivre qui pousse à s’isoler aux toilettes. L’usage du smartphone rend les interactions asynchrones : étant rarement sur son téléphone simultanément, on ne supporte plus que l’autre, ado ou adulte, fixe son écran quand on est soi-même disponible. Chacun se reprochant mutuellement son addiction numérique, la seule façon d’échapper au badminton d’accusations est désormais de s’isoler dans ce lieu d’aisances. Même constat au restaurant, lors des dîners familiaux ou entre amis : depuis qu’il est mal vu de garder son portable posé sur la table, la politesse implique désormais de disparaître dans un endroit clos pour le consulter. Au bureau, certains salariés vont s’y planquer pour participer à un tournoi d’échecs, d’autres pour entretenir une relation cachée. Les toilettes sont devenues un lieu d’asile à smartphones : si personne ne vous voit, ce qui s’y passe n’existe pas.
On aurait dû s’en douter
Dans les collèges et lycées, les toilettes servent depuis longtemps de repaires à selfies de groupes. Dans certains bars, fast-foods, aéroports ou centres de congrès, les pubs avec QR code collées aux portes des toilettes suggèrent que tout le monde a toujours son téléphone sous la main. De manière assez mystérieuse, dans les guides et publications truffés de recommandations pour limiter son temps d’écran (la résolution moderne qui remplace désormais celle de perdre du poids), les W-C échappent presque toujours à la liste des lieux où les smartphones devraient être bannis (« pas dans la chambre après 21 heures », « pas à table »).
Les chiffres confirment cette tendance : des sondages commandés par des entreprises en quête de publicité estiment qu’environ une personne sur deux consulte son téléphone aux toilettes. Une enquête YouGov effectuée auprès de 2 547 personnes en Suisse, Allemagne, Autriche, France et Italie établit par exemple cette part à 45 %, avec une pointe à sept personnes sur dix chez les moins de 30 ans. Les plus âgés, honnêtes, admettent volontiers que si le fil du téléphone avec lequel ils ont grandi avait été assez long, ils en auraient probablement fait autant.
Lu et entendu
« Il y a des gens qui vont aux toilettes sans leur téléphone ? » « Mais je faisais mon Duolingo ! » « Grâce à son téléphone portable, mon ado a découvert la convivialité des toilettes. » « On a failli aller chercher le gérant du restaurant pour la faire sortir. » « Je suis obligé de rester aux toilettes, sinon vous me faites des remarques. » « Bizarrement, c’est un truc de bonne éducation. C’est mon gendre bien élevé qui se barre discrètement avec son téléphone, quand l’autre s’en fout de sortir son téléphone lorsqu’on est à table. » « Instagram, c’est mon appli de toilettes. » « On peut débattre de la raison, mais la certitude, c’est qu’on y reste plus longtemps. » « Personnellement, j’ai besoin de grand écran pour lire, j’emmène mon iPad. » « Les toilettes peuvent être tech, la Chine a déjà des distributeurs de papier à reconnaissance faciale. » « Si j’utilise mon téléphone sous la couette, mon mari s’en rend compte avec la lumière. Le dernier rempart, c’est les chiottes. »
Effets immédiats
L’utilisation répandue des toilettes en « cabine à smartphone » s’est accompagnée de l’extrême viralité d’une étude réalisée par le Beth Israel Deaconess Medical Center de Boston, associant l’usage du smartphone aux toilettes à une probabilité de 46 % plus élevée d’avoir des hémorroïdes.
Risques d’emballement
Voir les toilettes devenir des cybercafés nouvelle génération, avec chargeurs rapides et des enceintes intégrées.
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