Deutsche Welle – En Afrique, nombre de femmes qui n’arrivent pas à avoir d’enfants subissent du harcèlement social et sont victimes de campagnes de haine en ligne. Désormais, la parole se libère sur ce phénomène, après les prises de parole de l’influenceuse guinéenne Mimiche Diabaté et de la journaliste et animatrice ivoirienne Konnie Touré.
« Je suis victime de harcèlement sur les réseaux sociaux ».
Assise sur un canapé, dans une pièce sombre, un bouquet de fleurs posé à côté d’elle et un ordinateur portable sur les genoux, Mimiche Diabaté lit les messages qu’elle reçoit depuis son mariage, il y a 18 mois. « Depuis que tu es mariée, on ne t’a jamais vue enceinte. Tu attends quoi ? », demande un internaute. « Il est temps de faire des enfants maintenant », commente un autre utilisateur sous ses publications.
Depuis le témoignage début juin de l’influenceuse, suivie par 1,6 million d’abonnés sur Facebook, la parole s’est libérée sur les réseaux sociaux.
Une vague de témoignages et de messages de soutien qui s’explique, selon Kadiatou Konaté, féministe et cofondatrice du Club des Jeunes Filles Leaders de Guinée et de Malaaf, par la pression qui « touche toutes les femmes (mariées, mais qui n’arrivent pas à avoir d’enfants ndlr), quel que soit leur milieu social. Personne n’est épargnée. Il suffit d’être une femme ».
“Peut-être que je n’aurai jamais d’enfants, donc mon mariage ne sert à rien”
Mariame Tanou Diallo est l’une de celles qui ont témoigné publiquement. Diplômée en droit des industries extractives et entrepreneure, elle vit depuis deux ans avec son conjoint, mais le couple peine à avoir un enfant.
Depuis, elle subit un harcèlement constant. « Quand je publie des photos, certaines personnes me demandent si je suis enceinte parce que j’ai pris du poids. Elles me demandent même de combien de mois je suis. J’ai arrêté de publier sur Facebook. Je me limite désormais aux statuts WhatsApp, où je peux contrôler qui les voit », raconte-t-elle.
Mais s’éloigner des réseaux sociaux ne suffit pas. Le harcèlement est aussi social et familial. À 27 ans, Mariame doit régulièrement répondre à des questions sur son absence d’enfant et reçoit de nombreuses recommandations pour consulter des guérisseurs. « Souvent, ce sont des membres de ma famille. Certains vont même voir ma mère pour lui conseiller des guérisseurs. Cela m’affecte, parce que je souhaite avoir un enfant depuis mon mariage. Parfois, je me dis que peut-être je n’aurai jamais d’enfants et que mon mariage ne sert à rien », confie-t-elle.
L’infertilité est aussi masculine
« D’emblée, je vous le dis : l’infertilité touche à la fois l’homme et la femme », rappelle le professeur Ngbalé Norbert Richard, gynécologue-obstétricien en République centrafricaine. Un problème de santé publique, souvent sous-estimé dans les systèmes de soins. A Bangui, l’enseignant chercheur refuse généralement de recevoir une femme seule en consultation pour infertilité. « Je demande systématiquement au mari de venir. Et quand j’examine le couple, les causes sont partagées : environ 40 % sont d’origine masculine, 40 % d’origine féminine et 20 % concernent les deux partenaires », précise-t-il.
En Afrique de l’Ouest et centrale, les infections figurent parmi les principales causes d’infertilité. « Cela peut commencer par une infection banale de l’appareil génital, du vagin ou du col de l’utérus », explique le spécialiste. Ces infections peuvent avoir été contractées avant le mariage, chez l’un ou l’autre des partenaires, favorisées par les fréquentations de différents partenaires avant le mariage. D’autres facteurs existent, notamment les troubles hormonaux ou certaines malformations.
Enfin, chez l’homme, la capacité à avoir un rapport sexuel ne garantit pas la fertilité. « Un homme peut éjaculer alors que son sperme contient peu de spermatozoïdes, ou des spermatozoïdes non viables ou peu mobiles. Plusieurs anomalies peuvent être à l’origine de l’infertilité du couple », conclut le professeur Ngbalé.
Anna-May Lohfeld | Amadou Diarouga Balde
Source : Deutsche Welle (Allemagne)
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