Faudrait-il opter pour le silence de la sagesse ou le bruit des illusions d’existence ? Nous allons tenter de répondre à cette question sans passer sous le registre booléen (oui ou non / vrai ou faux). Avec le temps et la clarté du recul, l’âme apprend que détenir la vérité apparente n’est que la quête de l’illusion d’existence. Sur le chemin de la quête du sens, comprendre l’autre est une station bien plus élevée que celle d’avoir raison. Avec le recul, nous avons appris que chaque débat ne mérite pas que nous y consumions notre souffle spirituel. Certaines discussions sont de véritables montures qui nous élèvent vers l’apprentissage continu et le perfectionnement de l’être. Être Mukallaf (investi de la responsabilité de la conscience), c’est être apte à frotter notre esprit aux idées contraires, non pour vaincre, mais pour faire jaillir la nuance. Même dans le désaccord, la contradiction est un miroir divin qui nous oblige à plonger en nous-mêmes.
Puis, il y a le bruit du monde des illusions. Ces arènes où personne n’écoute, où chacun cherche à imposer son idole intérieure. Puisque l’objectif n’est plus d’éveiller la réflexion, mais de triompher, la parole perd sa Baraka (sa bénédiction) et s’éteint. «La blessure par laquelle la lumière entre en nous naît souvent du choc des idées, mais le débat stérile vide le cœur de sa substance.» Qu’il s’agisse des affaires de la cité, de l’entreprise ou des cercles religieux, la loi du cœur reste la même. Les véritables guides et les leaders de lumière ne cherchent pas à remporter des victoires éphémères. Ils aspirent à la juste décision en nourrissant l’esprit des hommes. La nuance est le parfum de la sagesse, « l’égo du néant » en est la poussière. Nous pensons que la Vérité (Al-Haqq) dépasse infiniment notre besoin d’avoir raison.
Mûrir, c’est choisir où déposer notre attention. Ce choix n’est ni mépris ni arrogance. C’est la reconnaissance sacrée que notre temps et notre énergie sont des dépôts divins, des ressources limitées. Dans le tabernacle de la sérénité des maîtres soufis, nous savons qu’une communauté progresse lorsque les échanges élèvent l’esprit, et non lorsqu’ils se transforment en affrontements de certitudes et de fiertés non certifiées. La sagesse ultime ne consiste pas à répondre à tous, mais à reconnaître quand une discussion n’est plus que le murmure du vent. Toutes les âmes et leurs opinions méritent le respect, mais toutes les querelles ne méritent pas notre énergie.
Enfin, il est douloureux de voir, dans nos contrées, certains dirigeants politiques et guides religieux confondre la diligence de leurs privilèges avec la locomotive de la Divinité. Installés confortablement dans le train de leur pouvoir terrestre, ils oublient qu’ils ne sont que des passagers remorqués et que l’unique source d’énergie qui meut l’existence provient de la Puissance absolue de Dieu. À ceux qui nous demandent pourquoi nous avons désactivé notre compte, nous répondons que c’est pour nous éloigner des illusions afin de mieux coexister avec le Réel absolu. Cette déconnexion n’est pas un abandon définitif des réseaux virtuels, mais un recul pour mieux partager nos opinions, sans le bruit des êtres d’illusion non producteurs de valeurs éthiques, morales et spirituelles.
@Yoo Alla Faabo !
Abdoul GUISSÉ (Informaticien)
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