Langues distinctes ou dialectes compréhensibles ?

“En l’espace d’un seul millénaire, la majorité des langues a disparu, relève la revue britannique, ce qui pourrait être dû à l’expansion de puissants groupes culturels monolingues au moyen de conquêtes et du commerce.” Reste que l’étude ne permet pas d’identifier un empire spécifique, une région ou un événement historique précis qui aurait pu contribuer à ce déclin.

Interrogée par Nature, Claire Bowern, de l’université Yale, qui a piloté les travaux, souligne :

“Ces estimations doivent être assimilées à une ‘hypothèse préliminaire’ qui pourrait être influencée par d’autres facteurs, tels que les migrations et le climat.”

Tout le monde n’est d’ailleurs pas convaincu par cette idée d’âge d’or linguistique. Compte tenu du nombre de variables, comme la taille des anciens groupes ethnolinguistiques et l’influence que l’agriculture a exercée sur eux, Lyle Campbell, linguiste à l’université de Hawaii, juge ces travaux “hautement spéculatifs”, dit-elle à Scientific American.

Et quand bien même ces très nombreuses langues auraient en effet coexisté, difficile de dire si elles étaient réellement distinctes les unes des autres. C’est ce que relève Johanna Nichols, linguiste et professeure émérite à l’université de Californie à Berkeley, qui n’a pas participé à l’étude. “[Elle] avance qu’à la période où de très nombreuses petites sociétés se sont retrouvées accolées, leurs langages respectifs ont pu se fondre jusqu’à former un ensemble de dialectes compréhensibles entre eux”, précise Scientific American. “Dans un monde peu peuplé où les variations [linguistiques] se recoupent et se mélangent, explique-t-elle, ce n’est qu’un grand continuum.”