Guerre en Iran : J. D. Vance met fin aux pourparlers d’Islamabad après une seule journée de négociations, sans avoir obtenu d’accord

Le vice-président américain a expliqué que les Iraniens refusaient d’accepter les « conditions » de Washington, notamment « un engagement clair de leur part qu’ils ne chercheront pas à se doter d’une arme nucléaire ».

Le Monde   – Etait-ce simplement la fatigue, le fort décalage horaire entre Washington et Islamabad puis un marathon de discussions ? Ou bien l’expression d’une déception réelle ? Il était environ 6 h 30 du matin à l’hôtel Serena, dans la capitale pakistanaise, lorsque le vice-président américain, J. D. Vance s’est présenté devant la presse américaine, les traits tirés. Ses propos furent courts, secs et plutôt vagues. En substance, le chef de la délégation, avec Steve Witkoff et Jared Kushner à ses côtés, annonçait l’échec des négociations avec l’Iran, au bout d’une seule journée sur place. « Ils ont choisi de ne pas accepter nos conditions », a résumé J. D. Vance, dans une formule qui en disait long sur la démarche de l’administration Trump. Après quarante jours de guerre, elle attendait une reddition iranienne, là où Téhéran, malgré les pertes humaines et matérielles, se sent conforté dans sa lutte asymétrique, du faible au fort.

« Nous avons eu un certain nombre de discussions substantielles avec les Iraniens, a dit J. D. Vance. C’est la bonne nouvelle. La mauvaise nouvelle, c’est que nous ne sommes pas parvenus à un accord. Et je pense que c’est une mauvaise nouvelle pour l’Iran, bien plus que pour les Etats-Unis. » Le vice-président a estimé que la délégation américaine avait été « assez flexible » et « assez conciliante », mais que l’Iran ne voulait pas se plier à la demande centrale de Washington. « Le fait est que nous devons obtenir un engagement clair de leur part qu’ils ne chercheront pas à se doter d’une arme nucléaire et qu’ils ne chercheront pas non plus à acquérir les outils qui leur permettraient d’obtenir rapidement l’arme nucléaire. » Affirmant que les sites d’enrichissement avaient été détruits par les forces américaines et israéliennes, J. D. Vance évoquait l’absence d’un engagement fondamental « à long terme ». Mais quelle forme pourrait prendre un tel engagement ?

Il était impossible de connaître les détails des points de blocage, notamment concernant les quelque 400 kilos d’uranium hautement enrichi (60 %), qui se trouveraient toujours profondément enterrés sous les gravats, en particulier sur le site d’Ispahan. Les Etats-Unis réclamaient leur extraction et leur sortie d’Iran, tout en demandant à Téhéran de rouvrir sans conditions le détroit d’Ormuz, aujourd’hui son principal levier de pression et de chantage. Enfin, en matière d’enrichissement, la Maison Blanche demeurait sur la ligne martiale qu’avait déjà exprimée l’envoyé spécial du président, Steve Witkoff, au cours des contacts diplomatiques avec l’Iran entre janvier et février, sous les auspices d’Oman : zéro enrichissement autorisé. « Nous partons d’ici avec (…) notre offre finale et ultime. Nous verrons si les Iraniens l’acceptent », a conclu le vice-président.

Surprise des Iraniens

En somme, une capitulation était demandée. Ne l’obtenant pas, J. D. Vance et la délégation américaine ont décidé de mettre un terme aux négociations et de repartir, à la surprise, semble-t-il, des Iraniens, qui s’attendaient à une simple pause avant une reprise des échanges dimanche. Il était impossible de dire, sur le moment, ce qu’il adviendrait du cessez-le-feu précaire, conclu le 7 avril pour quinze jours.

Toute la journée, alors que les heures passaient sans fuite sur les échanges, les spéculations redoublaient chez les observateurs. L’absence de rupture semblait indiquer une volonté mutuelle de poursuivre la conversation, d’entendre les arguments adverses. Les deux parties, avec la participation du médiateur pakistanais, le premier ministre, Shehbaz Sharif, ont passé près de vingt-et-une heures à négocier, avec de nombreuses interruptions pour passer des appels. J. D. Vance s’est notamment entretenu avec le président des Etats-Unis, Donald Trump. « Je ne sais pas combien de fois nous lui avons parlé, une demi-douzaine, une douzaine de fois pendant ces vingt-et-une heures », disait-il, évoquant aussi des conversations avec le secrétaire d’Etat, Marco Rubio, et le secrétaire à la défense, Pete Hegseth.

Selon le porte-parole du ministère des affaires étrangères iranien, Esmaeil Baqaei, « de nombreux messages et textes ont été échangés entre les deux parties ». Le diplomate a publié un long message sur X, dans lequel lui non plus ne précise pas les sujets de blocage. « Au cours des dernières vingt-quatre heures, des discussions ont porté sur diverses dimensions des sujets principaux de négociation, incluant le détroit d’Ormuz, la question nucléaire, les réparations de guerre, la levée des sanctions et la fin complète de la guerre contre l’Iran et dans la région, écrit Esmaeil Baqaei. Le succès de ce processus diplomatique dépend de la détermination et de la bonne foi de la partie adverse, de l’abstention de toute exigence excessive et de demandes illégitimes, ainsi que de l’acceptation des droits légitimes et des intérêts justes de l’Iran. »

Déminer le détroit d’Ormuz

Pendant ce temps-là, Donald Trump était à Miami (Floride), pour assister à une soirée d’arts martiaux libres, organisée par son ami Dana White. Marco Rubio l’accompagnait. Bain de foule à la chaleur modérée, combats en cage. Un peu plus tôt, le président américain, devant les journalistes, n’avait guère exprimé d’attentes particulières au sujet des négociations. Sa principale préoccupation du moment est le sort du détroit d’Ormuz, dans lequel deux destroyers de la marine américaine se seraient engagés, dans la journée.

L’amiral Brad Cooper, chef du Commandement central, a expliqué que l’armée avait débuté « le processus d’établissement d’un nouveau passage », qui serait bientôt partagé avec « l’industrie maritime ». Des drones sous-marins devraient être rapidement déployés dans le détroit.

« Ils ont probablement quelques mines dans l’eau, disait Donald Trump. Nous avons des navires démineurs sur place. Nous sommes en train de nettoyer le détroit. En plus de cela, nous négocions. Que nous obtenions un accord ou non, cela m’est égal. La raison est que nous avons gagné, que vous écoutiez les “fake news” ou non. »

 

 

Source : Le Monde

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