À écouter Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, on pourrait croire qu’il vient de découvrir la recette miracle du dialogue politique : ne rien décider, ne rien arbitrer et attendre que ceux qui s’opposent sur tout finissent miraculeusement par tomber d’accord. Le président affirme qu’aucune conclusion du dialogue ne sera appliquée sans consensus entre la majorité et l’opposition. Présentée comme une preuve de sagesse démocratique, cette position ressemble davantage à une élégante manière de se décharger de toute responsabilité. Car si le rôle d’un chef d’État n’est pas d’aider à surmonter les blocages qui paralysent le pays, alors à quoi sert son autorité politique ?
Le plus frappant est son refus d’intervenir sur la question des mandats présidentiels, pourtant au cœur du conflit. La majorité veut en discuter, l’opposition refuse. Face à cette impasse, Ghazouani choisit la posture du spectateur. Il regarde le match depuis les tribunes, tout en se présentant comme l’organisateur du tournoi. Une neutralité de façade qui cache mal une absence de courage politique. Pendant des semaines, le dialogue est resté bloqué. L’opposition a demandé l’implication directe du président pour débloquer la situation. Sa réponse ? Le problème ne serait pas si grave. Voilà donc un pays incapable de lancer son dialogue national, mais son principal promoteur nous explique que le blocage n’est pas fondamental. Une manière remarquable de nier l’évidence.
Cette stratégie est connue : proclamer son attachement au dialogue tout en évitant soigneusement les décisions qui pourraient lui donner un contenu réel. On organise des réunions marathon de huit heures, on multiplie les déclarations consensuelles, on parle de stabilité régionale, de carburant, de statistiques économiques et même du Mali. Tout, sauf l’essentiel : pourquoi le dialogue est-il bloqué et qui a la volonté politique de le débloquer ?
Le président semble vouloir un dialogue sans risque, sans confrontation et surtout sans arbitrage. En d’autres termes, un dialogue qui ne dérange personne et qui ne change rien. Or l’histoire politique enseigne une leçon simple : les grands compromis naissent rarement de l’attente passive. Ils exigent du leadership, de la vision et parfois des choix difficiles. À force de vouloir apparaître comme l’homme du consensus, Ghazouani risque de devenir l’homme de l’immobilisme. Car lorsqu’un chef refuse de trancher au nom de l’équilibre, il finit souvent par consacrer le statu quo au nom de la prudence. Et pendant que les acteurs politiques tournent en rond autour de la table du dialogue, le pays, lui, continue d’attendre des réponses.
Sy mamadou
(Reçu à Kassataya.com le 10 juin 2026)
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