Courrier international – Seules les ambassades américaines de 20 villes, réparties dans 19 pays africains, seront chargées de centraliser les demandes de visas pour les 54 pays que compte le continent. L’information, révélée début juin par l’agence Associated Press, a rapidement été reprise par la presse africaine et internationale.
Les États-Unis entendent réduire le nombre d’ambassades et de consulats chargés du traitement des visas en Afrique, le faisant passer de 50 à 20. Les ambassades concernées, détaille le site kényan Capital FM, se trouvent à Abidjan (Côte d’Ivoire), Accra (Ghana), Addis-Abeba (Éthiopie), Le Cap (Afrique du Sud), Dakar (Sénégal), Dar Es-Salaam (Tanzanie), Djibouti (Djibouti), Johannesburg (Afrique du Sud), Kampala (Ouganda), Kigali (Rwanda), Kinshasa (RDC), Lagos (Nigeria), Lomé (Togo), Luanda (Angola), Malabo (Guinée équatoriale), Monrovia (Liberia), Nairobi (Kenya), Port-Louis (Maurice), Praia (Cap-Vert) et Yaoundé (Cameroun).
Concrètement, souligne Business Insider Africa, cela signifie que les candidats aux visas originaires de pays d’Afrique australe pourraient être redirigés vers l’Afrique du Sud, tandis que ceux originaires d’Afrique de l’Ouest pourraient de plus en plus dépendre des plateformes consulaires du Ghana, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire ou encore du Nigeria.
Pour The Continent, cela signifie que près de la moitié de la population du continent devra se rendre dans un autre pays pour obtenir un visa américain. Dans les pays africains qui ne délivreront pas ces visas, les ambassades n’assureront que des services de base, tels que le renouvellement des passeports américains.
Si aucune date n’a encore été fixée pour l’application de cette centralisation, rapporte le South China Morning Post, elle pourrait cependant débuter en juin, selon les responsables qui se sont exprimés sous couvert d’anonymat.
Cette réforme constitue l’un des changements les plus importants apportés à la politique américaine de visas, “créant une nouvelle carte des centres régionaux de visas tout en réduisant potentiellement l’accès direct aux services consulaires américains”, estime Business Insider Africa.
Décourager les demandes ?
Pour justifier sa décision, l’administration américaine soutient que la concentration du traitement des visas dans des centres régionaux sélectionnés améliorera le contrôle et les mesures de sécurité. Mais du côté africain, la décision interroge. The Continent écrit par exemple :
“Cette mesure s’inscrit dans le cadre de l’hostilité croissante des États-Unis envers les personnes souhaitant traverser l’Atlantique.”
Le média rappelle ainsi que Washington avait déjà imposé, il y a deux mois, le versement d’une caution pouvant aller jusqu’à 15 000 dollars, soit plus de 13 000 euros, aux ressortissants de 30 pays africains pour leurs demandes de visas d’affaires et de tourisme.
La mesure devrait rendre encore plus compliquée l’obtention du sésame et la circulation des Africains vers les États-Unis, notamment à l’occasion de la Coupe du monde de football, qui doit commencer ce 11 juin. Avant même l’application de cette centralisation, Loren Landau, professeur en migration à l’université d’Oxford, estime pour l’hebdomadaire sud-africain que les délais d’attente de six à huit mois pour obtenir un rendez-vous à l’ambassade ont déjà rendu les voyages vers les États-Unis pratiquement impossibles pour les ressortissants africains.
Cette nouvelle mesure unilatérale devrait approfondir les difficultés pour obtenir un visa américain, souligne de son côté Capital FM. Le titre kényan rappelle que pour les demandeurs résidant dans des pays qui n’auront pas la capacité de traiter les visas, ces changements pourraient impliquer de coûteux déplacements transfrontaliers.
Mais du côté des villes africaines concernées par ce recentrage du réseau consulaire américain, le ton est autre. Monrovia, par exemple, ne cache pas sa satisfaction de faire partie des villes sélectionnées, un sentiment que traduit bien le Liberian Observer (ou Daily Observer Newspaper). Pour ce média libérien, il s’agit là d’une “étape diplomatique majeure”, traduisant “une reconnaissance diplomatique de la crédibilité croissante et de l’importance stratégique du Liberia” pour Washington. Même satisfecit du côté de Lomé, rapporte l’Agence Ecofin, qui souligne que l’ambassade américaine de la capitale togolaise a déjà vu son importance régionale croître depuis la suspension en 2025 de certains services consulaires américains au Burkina Faso.
La liberté de circuler des Africains
Mais d’autres voix s’inquiètent d’une mesure qui s’ajoute à d’autres freins qui pèsent déjà sur la mobilité des Africains et leur capacité à participer aux événements mondiaux, voire à la gouvernance mondiale.
Dans un article consacré à la préparation de la conférence de Bonn sur les changements climatiques que l’ONU organise du 8 au 18 juin, The Independent indique que les obstacles à l’obtention de visas risquent d’empêcher certains des pays les plus pauvres et les plus vulnérables au changement climatique du monde de participer aux négociations cruciales.
Des pays africains, pourtant les plus vulnérables aux changements climatiques, ont déjà signalé d’importants obstacles à l’accès à la conférence de Bonn et prévoient par conséquent d’envoyer des délégations plus réduites. Parmi ces pays africains, le Soudan, le Yémen, la Sierra Leone, le Sénégal ou encore la Gambie.
Quoi qu’il en soit, si ces mesures américaines limitent encore plus la mobilité hors des frontières africaines, sur le plan continental s’observe le mouvement exactement inverse. En effet, de plus en plus de pays africains adoptent des mesures visant à supprimer tout visa pour les ressortissants africains. Le 18 mai, le Togo a dispensé de visa tout ressortissant africain titulaire d’un passeport national valide, rapporte Africanews. En avril, le Rwanda avait déjà adopté la même mesure. Une façon pour les pays africains de faciliter l’intégration économique panafricaine, à rebours des mesures américaines.
Source : Courrier international (France)
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