Deutsche Welle – Il est 8 heures à Saint-Louis, dans le nord du Sénégal. La mer est quelque peu agitée, mais Saer Diop et son équipe prennent le large. Objectif : ramener du poisson.
Huit heures plus tard, retour au quai. À bord de leur pirogue, une seule caisse, à peine remplie.
« Auparavant, on pouvait avoir deux voire trois caisses de poissons, se souvient-il. Aujourd’hui, remplir une caisse est devenu très difficile. On nous a privés de l’endroit où on pouvait trouver beaucoup de poissons ».
Cette zone évoquée par Saer Diop, c’est Diatara, un important site de pêche au large de Saint-Louis, dans la zone du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim.
Pour le pêcheur, l’installation des infrastructures gazières a bouleversé leurs habitudes et réduit leurs possibilités de pêche. « Il arrive qu’on dépense 15 000 voire 20 000 francs et qu’au retour, on ne gagne rien, déplore-t-il. Tout comme parfois, on peut gagner jusqu’à 25 000, 30 000, ou seulement 15 000 francs ».
Des zones riches en poissons inaccessibles
L’exploitation du gaz offshore suscite ainsi des inquiétudes chez les acteurs de la pêche artisanale. Les pêcheurs dénoncent la restriction de l’accès à certaines zones qu’ils considèrent comme particulièrement poissonneuses. Selon eux, les prises se raréfient et les revenus diminuent.
Du quai de pêche aux sites de transformation, toute une filière dit subir les conséquences de cette nouvelle activité économique.
Sur le site de transformation, les femmes disent avoir de plus en plus de mal à trouver suffisamment de poissons. Parmi elles, Ouleymatou Diakhaté raconte qu’« en une semaine, voire 15 jours, on pouvait facilement transformer une tonne de poissons, entre l’achat, la prestation et la transformation. Une tonne, ce sont 20 caisses de 50 kilos. Aujourd’hui, on ne peut même pas l’avoir. On peut rester plus de 20 jours sans pour autant obtenir dix caisses ».
Les pêcheurs veulent des compensations
Face à cette situation, les pêcheurs demandent des compensations et des alternatives. Mamadou Sarr, le président de la Commission environnement et préservation des ressources de l’association des pêcheurs artisanaux de Saint-Louis, estime que l’« on ne peut pas venir bouleverser toute une communauté sans pour autant lui trouver des alternatives, sans la compenser. On n’est pas contre l’exploitation du gaz. Mais ce que nous n’avons pas accepté, c’est d’être l’agneau du sacrifice. »
À Saint-Louis, l’enjeu est désormais de faire coexister l’exploitation gazière avec une pêche artisanale qui fait vivre, depuis des générations, de nombreuses familles.
Source : Deutsche Welle (Allemagne)
Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com
