France – Des enquêtes ouvertes après plusieurs suicides d’agents des services du Premier ministre

Deux agents de Matignon ont mis fin à leurs jours en mars 2026, et deux autres ont tenté de se suicider ces derniers mois, dans « un contexte de souffrance au travail identifié ».

Le HuffPost – Ce sont des révélations qui viennent jeter un très grand trouble à Matignon. France Inter révèle ce lundi 3 août que deux agents des services du Premier ministre ont mis fin à leurs jours en mars 2026, et que deux autres personnes ont également tenté de se suicider ces derniers mois. Trois enquêtes internes sont en cours, et une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris, confiée à la Brigade de répression de la délinquance à la personne (BRDP).

Les services du Premier ministre sont une partie discrète mais indispensable de l’administration d’État, chargés « d’assister et de prendre part à l’élaboration de la politique du gouvernement », comme l’indique sa page Internet. Mais l’atmosphère de travail s’y était à ce point dégradée ces derniers mois qu’un déclenchement de l’article 40 du code de procédure pénale – qui impose à tout fonctionnaire qui « acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit » d’en informer « sans délai » le procureur de la République – le 25 juin dernier.

Une plainte pour harcèlement moral et mise en danger de la vie d’autrui a également été déposée parallèlement le même jour par l’une des deux agentes qui a tenté de mettre fin à ses jours quelques mois plus tôt dans une gare, sauvée par un usager. Son avocate, Me Christelle Mazza, raconte auprès de France Inter que sa cliente a été « invisibilisée », « plus conviée aux réunions », ou encore « moquée, conspuée comme dans un harcèlement scolaire ». Elle est isolée dans un bureau au sous-sol, fait un malaise au travail.

Cette agente réalise pourtant de nombreux signalements : auprès de sa hiérarchie, du médecin du travail, ou du dispositif Vigisouffrance, créé en 2022 afin de répondre à des révélations sur le management brutal dans certains services à Matignon. Pourtant, la seule proposition qui lui est faite est de… quitter son service. « Et le problème finalement, ça devient elle », dénonce son avocate.

« Un contexte de souffrance au travail identifié »

Cette agente est finalement hospitalisée en urgence fin avril pour risque suicidaire. Mais sa situation extrême pousse un représentant du personnel à déclencher en juin dernier l’article 40 et à saisir le procureur de la République, au vu d’« éléments d’une gravité exceptionnelle ».

Car le cas de cette fonctionnaire de Matignon n’est pas isolé. En octobre 2025, une agente d’un autre service tente de mettre fin à ses jours sur son lieu de travail. En mars 2026, un chargé de projet se suicide à son domicile alors qu’il est en télétravail, « dans un contexte de dysfonctionnements managériaux », selon un document consulté par France Inter.

Quelques jours plus tard, un agent du Secrétariat général du gouvernement (SGG) met également fin à ses jours « dans un contexte de souffrance au travail identifié », décrit le signalement à l’article 40.

« Cette accumulation forme un système »

Autant de cas qui viennent confirmer l’existence d’un dysfonctionnement massif au sein de cette administration. « On a franchi un cap. Cette accumulation forme un système, et on a fini par s’en rendre compte », explique auprès de France Inter une source au sein des services du Premier ministre.

Ce fonctionnaire évoque les conséquences de l’instabilité politique de ces dernières années et des quatre Premiers ministres connus en deux ans (Gabriel Attal, Michel Barnier, François Bayrou et Sébastien Lecornu), avec les changements brutaux d’équipe et de méthode que cela implique. Mais des problèmes plus systémiques sont également dénoncés, entre coupes budgétaires, réductions des effectifs et ambiance concurrentielle poussée à l’extrême dans les services.

« La prévention des risques psychosociaux est une priorité au sein des services du Premier ministre », affirme auprès de France Inter le service presse de Matignon. Plusieurs enquêtes internes sont en cours sur les suicides et tentatives de suicide ayant eu lieu ces derniers mois. Toujours selon France Inter, les organisations syndicales ont aussi obtenu qu’une enquête plus large soit ouverte sur les risques psychosociaux à Matignon, menée par un cabinet externe.

Timothée Barnaud

Source : Le HuffPost (France)

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