Fortes chaleurs en Mauritanie : faire de la décarbonation du bâtiment, le moteur d’une nouvelle industrie des matériaux bas carbone

Cridem  – Les fortes chaleurs que connaît la Mauritanie ne sont pas seulement un défi climatique. Elles peuvent devenir le catalyseur d’une nouvelle économie industrielle fondée sur les matériaux biosourcés et géosourcés ainsi que sur des déchets recyclés, créatrice d’emplois, d’innovation et de souveraineté.

Les températures dépassant régulièrement les 44 °C confirment une réalité désormais incontestable : le changement climatique est déjà à l’œuvre en Mauritanie. Ses conséquences se font sentir sur la santé, la productivité, la consommation d’énergie et la qualité de vie.

Face à cette situation, la réponse ne peut se limiter à multiplier les climatiseurs, au risque d’accroître la consommation d’électricité, les dépenses des ménages et les émissions de gaz à effet de serre. La première réponse au réchauffement climatique réside dans la manière dont nous concevons nos bâtiments.

C’est ce que démontre une campagne d’instrumentation de plus de dix mois réalisée sur le projet HABIDEM, habitat bioclimatique expérimental, à Nouakchott, PRIX GREEN SOLUTIONS AWARD CLIMAT CHAUD COP30 Belém.

Pour la première fois en Mauritanie, des mesures scientifiques et techniques ont permis de quantifier les performances thermiques d’un bâtiment conçu avec des matériaux locaux adaptés au climat Mauritanien. Les résultats montrent que la performance ne repose pas sur un seul matériau, mais sur l’ensemble de l’enveloppe du bâtiment : des murs en briques de terre crue (argile) isolés avec des panneaux de Typha (R = 2,30 m²•K/W), une toiture en chaume de Typha (R = 8,25 m²•K/W) et un plancher en hourdis de Typha (R = 1,80 m²•K/W).

Cette conception permet de maintenir une température intérieure comprise entre 22 et 27 °C, alors que la température extérieure atteint 44 °C, tout en réduisant les besoins de climatisation d’environ 40 %.

Ces résultats démontrent que l’architecture bioclimatique n’est plus une simple ambition environnementale : c’est une solution éprouvée, adaptée aux réalités mauritaniennes et capable de répondre simultanément aux défis climatiques, énergétiques, économiques et sociaux.

Mais cette avancée ouvre surtout une perspective plus ambitieuse : faire de la décarbonation du bâtiment un moteur de développement économique et industriel. Une transition bas-carbone ne pourra être effective tant que nous resterons dépendants de matériaux importés à forte empreinte carbone.

Elle passe nécessairement par l’émergence d’une filière industrielle mauritanienne des matériaux biosourcés et géosourcés, valorisant la terre crue, le Typha et d’autres ressources nationales de l’économie circulaire pour produire des matériaux performants, normalisés et compétitifs.

Cette filière représenterait bien plus qu’une réponse aux fortes chaleurs. Elle réduirait les importations, renforcerait la souveraineté industrielle, soutiendrait les PME et les artisans, stimulerait la recherche et l’innovation, créerait des emplois qualifiés et offrirait de nouvelles opportunités aux jeunes entrepreneurs.

Pour les banques, elle constitue un secteur d’investissement prometteur dans l’économie verte. Pour les industriels, un marché d’avenir. Pour les pouvoirs publics, un levier concret pour développer des logements, des écoles, des centres de santé et des infrastructures résilientes, tout en respectant les engagements climatiques du pays.

La Mauritanie dispose aujourd’hui de ressources, de compétences et des premières preuves scientifiques pour engager cette transformation. Le défi n’est plus de démontrer que ces solutions fonctionnent, mais de les industrialiser, de les financer, de les normaliser et de les intégrer dans les politiques publiques et les programmes de construction.

Les fortes chaleurs que nous subissons aujourd’hui doivent être perçues non seulement comme une alerte climatique, mais aussi comme une opportunité de bâtir une nouvelle économie bas carbone, fondée sur nos ressources locales et notre capacité d’innovation. Construire autrement n’est plus seulement une nécessité environnementale : c’est un choix stratégique pour protéger les populations, renforcer la compétitivité du pays et préparer l’avenir.

 

 

Oumar Wélé

Expert en résilience climatique et infrastructures durables

CEO – HABIDEM (Habitat et Développement en Mauritanie)

 

 

 

Source : Cridem (Mauritanie)

 

 

 

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