Le Monde – Cette finale chaotique n’en finit plus de se rejouer loin d’une pelouse. Et une réponse tarde à venir : qui est le champion d’Afrique de football ? Le Sénégal et le Maroc revendiquent ce titre continental : le premier s’estime vainqueur sur le terrain, le second au nom du droit. Un imbroglio juridique inédit sur lequel doit se pencher, jeudi 8 octobre, le Tribunal arbitral du sport (TAS), situé à Lausanne, en Suisse.
Présidée par le Français Gérald Simon – entouré par l’Italien Luigi Fumagalli et l’Allemand Ulrich Haas –, l’audience va se tenir à huis clos. La décision est attendue dans les prochains jours.
Le 18 janvier, lors d’une soirée glaciale à Rabat, le Sénégal s’était imposé (1-0) face au Maroc en finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN). Peu avant la fin du match, les Lions de la Teranga avaient quitté le terrain pour contester une décision arbitrale, un penalty accordé à leurs adversaires. La rencontre avait été alors interrompue plus d’une dizaine de minutes. Le penalty fut laborieusement tiré et manqué, avant une frappe de Pape Gueye qui donna la victoire à sa sélection en prolongation.
« Braquage administratif »
Le Sénégal avait alors remporté une deuxième CAN – après celle de 2022 – qui allait bientôt lui être contestée par une poignée de juristes. Dès le lendemain de la finale, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) porta réclamation devant la commission de discipline de la Confédération africaine de football (CAF) en invoquant les articles 82 et 84 des règlements du tournoi : une équipe qui quitte le terrain sans autorisation de l’arbitre est déclarée perdante.
Dans leur mémoire de défense, les Sénégalais répondirent que leurs adversaires voulaient « requalifier a posteriori un fait de jeu [l’interruption momentanée] que l’arbitre a lui-même géré souverainement sur le terrain ». Ils affirmaient que ce dernier n’avait jamais constaté « un abandon ni un arrêt définitif du match », autorisant la reprise du jeu.
Quelques jours plus tard, la commission de discipline a rejeté la demande du Maroc et a confirmé le Sénégal comme champion d’Afrique. La FRMF a formulé un autre recours. Puis, coup de théâtre : dans la soirée du 17 mars, la CAF a publié un communiqué pour informer que le jury d’appel – qui venait de se réunir à distance sur Zoom – avait déclaré le Sénégal « forfait », et accordé à la sélection marocaine le score de « 3-0 ». Du jamais-vu. La Fédération sénégalaise de football répliqua en dénonçant « le braquage administratif le plus grossier de l’histoire de [leur] sport », tout en annonçant saisir le TAS.
Un forfait mais pas de vainqueur. Dans ses motivations, le jury d’appel avait expliqué que « l’attribution de titres, le retrait et/ou la (ré)attribution de médailles, de trophées et de prix en argent, ne relèvent pas de sa compétence ». Et renvoya cette décision à la CAF. Son président, le Sud-Africain Patrice Motsepe, ne s’est pourtant jamais prononcé, préférant attendre le verdict du TAS.
Le 8 octobre, les trois arbitres du Tribunal vont devoir trancher entre les visions des deux parties. Les Marocains souhaitent que la future décision aille « dans le sens du respect des règles », explique une source proche du dossier marocain. « Si on quitte le terrain volontairement, c’est un forfait, comme l’a rappelé la FIFA avant la Coupe du monde. On espère que cette juridiction nous donne raison. Nous avons défendu l’intérêt national de notre football », ajoute-t-elle.
Du côté du Sénégal, on attend du TAS qu’il réaffirme la doctrine du field of play (« terrain de jeu ») : les décisions de l’arbitre sont souveraines et définitives. « Un match se gagne sur le rectangle, rappelle un membre de l’instance sénégalaise qui demande l’anonymat. Les Marocains ont accepté de reprendre le match. S’ils avaient marqué le penalty, ils n’auraient jamais fait de recours. »
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