Être Mukallaf et quête de sens

Aux lecteurs, la réfutation ou l’acceptation de cette réflexion ne changerait en rien sa véracité. Le grand maître spirituel, Cheikh al-Islam, Cheikh Ibrahima Niasse (rta), avait l’habitude de terminer ses cours et certains de ses écrits en disant, en substance : « Vous êtes libres d’accepter ou de réfuter nos interprétations ésotériques des textes religieux, car cela ne changera en rien leur véracité ». D’autre part, dans la vie, être Mukallaf, c’est accepter que des hommes et des femmes vous contredisent et vous disent la vérité, plutôt que d’écouter des flatteurs qui vous font miroiter des mirages. Ceci étant, abordons notre réflexion, qui puise sa substance dans les profondeurs des sagesses universelles.

Comment être un véritable Mukallaf dans un village planétaire au 21ᵉ siècle ?

Être Mukallaf, c’est refuser catégoriquement de perdre le nord dans la quête du sens, même lorsque la boussole de notre société nous invite à prendre une autre direction.

Nous allons partager quelques maximes célèbres que nous retrouvons dans la tradition africaine. À travers ces sagesses, nous pouvons méditer sur trois formes d’illusions qui traversent nos existences : l’illusion sur autrui, l’illusion liée à la richesse et au statut, et enfin, l’illusion de la supériorité entre les êtres humains.

Premièrement, lorsqu’un voleur se marie avec une menteuse, ou inversement, c’est souvent parce que la séduction s’est déroulée et scellée dans des illusions, sans que les deux personnes aient réellement pris le temps de se connaître. L’un peut avoir été séduit par une image qui n’était pas la réalité de l’autre, et inversement. Donc, quelle serait, selon vous, la solution : conserver ce couple, alors que ni l’un ni l’autre ne peut se débarrasser de sa fonction ? À travers cette maxime, nous sommes invités à une méditation en profondeur sur l’illusion dans la relation à autrui. Comment pouvons-nous prétendre connaître l’autre lorsque nous sommes nous-mêmes prisonniers des apparences, de la séduction et des représentations que nous construisons ? Il nous semble que, dans l’arène politique, cette maxime pourrait servir de boussole dans la quête des hommes politiques honnêtes.

Deuxièmement, l’absence de confort financier n’est pas forcément synonyme de malédiction. Et, inversement, l’aisance financière n’est pas nécessairement une source de bénédiction. Cette deuxième sagesse nous invite à dépasser l’illusion liée à la richesse, au statut et à la notoriété. La pauvreté matérielle ne diminue pas nécessairement la valeur d’un être humain, pas plus que la richesse ne constitue, à elle seule, une preuve de réussite ou de bénédiction. Pour cette sagesse, être Mukallaf, c’est être apte à respecter chaque individu sans tenir compte de sa situation financière, de sa notoriété ou de son statut social. C’est comprendre que la valeur véritable de l’être humain ne se mesure pas à ce qu’il possède, à ce qu’il représente aux yeux des autres ou à la place qu’il occupe dans la société. Cette maxime pourrait servir de boussole dans la quête du sens, afin de nous aider à sortir des amalgames sur la réalité liés à la bénédiction et à la malédiction.

Troisièmement, quelle que soit la longueur de notre généalogie et la diversité de ses ramifications, nous finirons tous par remonter à nos aïeux : Adam et Hawa.

Cette troisième sagesse nous invite à sortir de l’illusion de la supériorité du sang.

Nos généalogies peuvent être longues, nos appartenances diverses, nos cultures multiples et nos statuts sociaux différents ; pourtant, notre origine humaine demeure commune. Par conséquent, être Mukallaf, c’est sortir des illusions de supériorité et de discrimination entre les êtres humains. C’est apprendre à regarder l’autre au-delà de son apparence, de sa richesse, de sa notoriété, de son origine ou de son statut. Ainsi, être Mukallaf ne consiste pas seulement à être responsable devant Dieu de ses actes ; c’est aussi être capable de prendre conscience des illusions qui façonnent notre regard sur nous-mêmes, sur les autres et sur le monde, afin de retrouver le véritable sens de notre condition humaine. Enfin, pour sortir véritablement de toutes ces illusions, il faut impérativement commencer par sortir de notre propre illusion d’existence, afin de retrouver notre néant au confluent du spirituel et du temporel.

@Yoo Alla Faabo !!!

Abdoul Bocar GUISSÉ (Informaticien)

 

 

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