
Ouest France – En Mauritanie, le Parc national du banc d’Arguin (PNBA), créé en 1976, est une vaste Aire marine protégée (amp) de 12 000 kilomètres carrés couvrant une zone marine de 6 300 kilomètres carrés et une zone terrestre de 5 700 kilomètres carrés. Dès le début, une pêche traditionnelle à la voile pure a été maintenue pour préserver le patrimoine maritime des Imraguen ainsi que la biodiversité, un exemple encore unique dans le monde à cette échelle. Le PNBA sera présent à Escale à Sète pour évoquer son travail depuis cinquante ans.
Le Parc national du Banc d’Arguin (PNBA), en Mauritanie, fête son jubilé cette année. Quelles sont ses principales missions ?
El Hadramy Ahmed Deida : Le Parc a été créé à un moment où la Mauritanie commençait à mesurer pleinement l’importance écologique exceptionnelle du golfe d’Arguin, notamment par les observations qu’en faisaient des scientifiques comme Théodore Monod [naturaliste français, 1902-2000, ndlr]. La première mission du PNBA est donc écologique : nous préservons un écosystème côtier composé de vasières, d’îlots, d’herbiers marins et de zones intertidales qui abritent une biodiversité très importante. Par ailleurs, le site est un refuge pour les oiseaux migrateurs venus d’Europe, d’Asie, ou d’Afrique australe, comme les bécasseaux, barges, sternes ou flamants. Enfin, c’est un habitat essentiel et une zone de nurserie pour de nombreux poissons d’intérêt à la pêche artisanale (mulets, daurades, courbines…), ou espèces protégées (tortues, requins, raies, dauphins à bosse et grands dauphins, phoques moines…). Marion Broquère et Simon Nancy : Si Théodore Monod a en effet identifié un site exceptionnel en termes de biodiversité, c’est la lucidité du gouvernement mauritanien de l’époque qui a permis la protection d’un tiers de ce littoral. Il a fait un pari courageux sur l’avenir, et a été soutenu par la communauté internationale scientifique avec, entre autres, Hans Lukas Hoffmann [ornithologue suisse, 1923-2016, ndlr]. Ce dernier a favorisé la mise en place d’un mécanisme de financements durables, ouvrant la voie à des investissements provenant de fondations privées de pays tiers [aujourd’hui, c’est le Fonds fiduciaire du banc d’Arguin et de la biodiversité côtière et marine, le bacomab, qui assure la mobilisation des capitaux sur le long terme, ndlr].
H. A. D. : Pour assurer la conservation, le Parc s’est appuyé sur les connaissances et savoir-faire locaux des Imraguen. Ces populations pratiquent la pêche au mulet jaune à bord de lanches, des embarcations à voiles et en bois, non motorisées. Ce mode de vie est compatible avec les objectifs de conservation du Parc, ils bénéficient donc d’un droit de pêche exclusif, de façon à intégrer directement la préservation de ce savoir-faire à la conservation. L’usage de la propulsion vélique limite les dérangements d’espèces, ainsi que l’effort de pêche. Les techniques de pêche imraguen (très sélectives) ont un impact minimal sur les fonds. La pêche industrielle est, elle, totalement interdite dans les limites du Parc. Le tourisme est très encadré : les visiteurs doivent être accompagnés par des guides agréés et respecter des zones et des parcours précis. La circulation motorisée, l’extraction de ressources naturelles et la chasse sont strictement prohibées.
Recueilli par Maud Lénée-Corrèze
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Source : Ouest France
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