
So Foot – Il y a toujours quelque chose de très drôle en ce qui concerne les petits Poucet, les outsiders. On les adore tous, jusqu’au moment où ils se frottent à notre équipe de cœur. Quelques jours auparavant, tout le monde applaudissait l’Albirroja après son scalp de l’Allemagne en seizièmes de finale. Après la baston au Lincoln Financial Field de Philadelphie, tout le peuple français s’est subitement mis à détester le Paraguay. Un peu car Chilavert s’est encore démarqué par d’immondes propos racistes, en grande partie parce qu’ils ont fait vivre un petit calvaire à nos Bleus. Le tout couvert par l’impunité de Monsieur Ilgiz Tantashev, qui ne donnera pas le moindre carton aux Paraguayens en 90 minutes.
Toujours avec un grand sourire comme quand il devait essuyer les provocations du génie du mal Matías Galarza, le buteur du soir Kylian Mbappé restera magnanime : « C’est le football, c’est leur manière de jouer, tout le monde joue avec ses armes, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises manières de jouer au foot. Il n’y a qu’une seule manière, c’est de gagner. Ils ont essayé de nous avoir comme ça, mais on les a eus aussi comme ça. »
Le capitaine de l’équipe de France le savait, Didier Deschamps le savait, le Paraguay jouerait avec ses armes. Celles qui les ont fait sortir vivants du plus grand match de leur histoire quelques jours plus tôt. Cependant, contre une équipe plus dangereuse qu’une Mannschaft peu inspirée, il aurait peut-être fallu pousser le curseur plus loin. Deux jambes de plus dans la ligne défensive, Julio Enciso admirable dans ce rôle d’essuie-glaces et surtout des coups, des provocations agrémentées d’une volonté de mourir sur le terrain. Une équipe à l’ADN sud-américain qu’on aime. Ça change un peu du Cap-Vert sorti avec les honneurs face à l’Argentine la veille, mais quel autre plan imaginer contre une équipe déjà vendue comme championne du monde ? Surtout venant de la même équipe obligée de jouer le 0-0 avec l’Australie pour sortir ensemble des poules.
Du Paraguay aux paramilitaires
Coup de coude, croquette sur Mbappé, pression sur le tireur du penalty… Rien ne sera épargné, de manière à faire dégoupiller quelques joueurs. Piège dans lequel ont failli tomber Michael Olise, Bradley Barcola et même un Ousmane Dembélé, chanceux de ne pas prendre une biscotte. Se voir défavoriser par un arbitre à charge (encore que, quand on voit la main de Mbappé quand il filait au but) peut user mentalement, encore faut-il ne pas prendre de cartons. Zinédine Zidane pourrait en témoigner. S’ils ont une mauvaise réaction alors qu’ils gagnent et qu’ils peuvent paver leur voie vers le quart de finale, c’est leur problème. Un plan mélangé d’une bonne étoile et de pure malveillance qui provoquait des failles en fin de match, même si les Guaraní étaient trop faibles pour en profiter.
Cette équipe du Paraguay était une honte absolue. Je ne voudrais jamais gagner un match de football en jouant comme ça.
Joe Hart, à froid.
Là où le bât blesse, c’est que chaque spectateur sur le globe se sera laissé prendre par cette idée de onze brigands qui viendraient nuire à une équipe appréciée de la majorité. Pourtant, il n’y a jamais eu le moindre tacle assassin, juste des coups de pute dont certains regrettent la disparition dans ce football trop « aseptisé ». Joe Hart, qu’on a connu plus lucide au micro de la BBC, enrage : « Cette équipe du Paraguay était une honte absolue. Je ne voudrais jamais gagner un match de football en jouant comme ça. » Mais bien sûr.

Pourtant, on oublie la réalité des faits. Face à ce quatuor que l’on considérerait déjà comme la plus grande équipe de l’Hexagone, le Paraguay n’a pris qu’un but. Sur penalty. Il y a ces fautes non sifflées, mais il y a surtout une équipe bien huilée défensivement qui, en plus de fermer les espaces sur les côtés, est capable d’empêcher tout mouvement à l’intérieur. Pas un milieu, pas un attaquant n’a pu créer un mouvement efficace. Certains joueurs ont même dû faire face à un 1-contre-4 pour s’en sortir. Une ligne de conduite propre à Gustavo Alfaro, qui a offert des sommets à un des viviers les plus faibles du continent, et qui rappelle aussi qu’une Coupe du monde sans sa bande de salopards n’est pas une vraie Coupe du monde. Celle de 2026 l’est définitivement.
Mathieu Plasse
Source : So Foot (France)
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