GRET – « Avant, quand on était malade, il fallait se déplacer loin pour se soigner », se souvient Aissata Souleymane Ndiagne. « Aujourd’hui on peut venir directement chez notre agent de santé communautaire ». Aissata, vit à Roufi Awdi, une commune située dans le département de M’Bagne en Mauritanie (région du Brakna). Longtemps, l’accès à soins de qualité a été difficile pour elle, comme pour les autres habitant·es de cette commune rurale, et notamment les femmes enceintes et les jeunes enfants. En effet, dans le département de M’Bagne, l’éloignement des structures sanitaires, le manque de personnel qualifié ainsi que l’insuffisance d’équipements et de médicaments limitent souvent l’accès aux soins.
Redynamiser les unités de soins de base pour renforcer la santé communautaire
C’est dans ce contexte que depuis 2011, le Gret intervient dans la région du Brakna pour contribuer à améliorer l’accès à des services de santé materno-infantile et de santé sexuelle et reproductive de qualité. Le projet Rimsanté, mené par le Gret depuis 2023 grâce au soutien de l’Unicef et du Gouvernement Princier de Monaco, s’est attaché en particulier à renforcer les unités de soins de base qui constituent le premier échelon de la santé primaire, au plus proche des communautés. Implantées au niveau des villages, elles sont gérées par des agent·es de santé communautaire qui assurent des activités de prévention, de promotion de la santé ainsi que la prise en charge de pathologies courantes. Leur rôle est également essentiel dans le référencement des patient·es vers les niveaux supérieurs de la pyramide sanitaire mais aussi pour mobiliser les communautés autour des questions de santé, notamment pour le suivi des grossesses, la vaccination, la prévention de certaines maladies.
Au début du projet, ces unités de base fonctionnaient difficilement : le manque de financement et de ressources ne permettait pas d’assurer le renouvellement des stocks de médicaments, ni même de rémunérer les agent·es communautaires qui travaillaient sans rémunération Les comités de gestion de ces unités étaient également peu fonctionnels. Ainsi, les équipes du Gret ont choisi d’agir simultanément sur plusieurs leviers : renforcer les compétences des agents de santé communautaire, améliorer l’offre de services, redynamiser les comités de gestion et renforcer la coordination entre les unités de soins de base et les structures sanitaires.
Des agent·es mieux formé·es, au plus près des communautés
Pour les agent·es de santé communautaires, des formations théoriques et pratiques ont été organisées, complétées par des missions de supervision et un dispositif de compagnonnage sur le terrain. Plutôt que de se limiter à des formations ponctuelles, les équipes les ont accompagné.es dans leur quotidien, en observant les consultations, en échangeant sur les situations rencontrées et en recherchant avec eux et elles des pistes d’amélioration adaptées à leurs réalités de travail. Des échanges entre pairs ont également permis de partager les expériences et les difficultés rencontrées dans les différentes localités.
À Roufi Awdi, Siradji Mamadou Ba exerce depuis plusieurs années comme agent de santé communautaire. « Grâce aux formations organisées par les équipes du projet, j’ai appris beaucoup de choses que je ne connaissais pas avant », témoigne-t-il. « Aujourd’hui, je comprends mieux les maladies et je peux mieux conseiller les femmes enceintes et les mères. »
Cette montée en compétences s’accompagne d’une amélioration de l’offre de soins. Le projet a notamment permis de réapprovisionner les unités de soins de base en médicaments essentiels, tout en améliorant le système d’approvisionnement qui reste toutefois confronté à des difficultés structurelles à l’échelle du pays. Un changement concret pour les habitant·es : « Avant, les gens devaient aller loin pour acheter leurs médicaments. Maintenant, ils viennent directement au village et nous pouvons les orienter si la situation est plus grave », explique Siradji Mamadou Ba.
Retrouver la confiance des communautés
L’amélioration de l’utilisation des services ne repose toutefois pas uniquement sur les compétences du personnel ou la disponibilité des médicaments. Pour que les unités de soins de base retrouvent pleinement leur rôle, il faut aussi renouer le dialogue avec les communautés et renforcer leur implication.
À Bouchama, le comité de gestion a ainsi été redynamisé. Sa trésorière, Mame Wendam, constate les effets de cette mobilisation : « Depuis que le comité de gestion a été redynamisé, l’unité de soins de base fonctionne mieux. Nous organisons régulièrement des réunions pour suivre la disponibilité des médicaments et discuter de la santé des femmes et des enfants dans notre communauté. » Le comité contribue également à soutenir l’agent de santé communautaire et à sensibiliser les habitant·es.
Dans les villages, les actions de sensibilisation ont également permis de mieux faire connaître l’importance du recours aux soins, notamment pour les femmes enceintes, allaitantes et les jeunes enfants. À Garlol, Abou Bakhayoko, infirmier chef de poste, observe ainsi que « les femmes viennent plus tôt aux consultations prénatales qu’avant ». Selon lui, les agent·es communautaires jouent désormais un rôle important pour orienter les patient·es vers les structures de santé et contribuent à renforcer le suivi des mères et des enfants.
Cette évolution se traduit aussi par une fréquentation accrue des services. Selon Souleymane Kane, chef de projet Rimsanté au Gret, « dans plusieurs localités, les unités de soins de base ont retrouvé un rôle important dans l’accès aux soins ». La disponibilité des médicaments et l’accompagnement de proximité ont contribué à renforcer la confiance des populations et à favoriser l’utilisation des services de santé.
Un système de santé primaire qui se renforce au-delà des unités de soins
En renforçant les unités de soins de base, le projet a également cherché à consolider les liens entre les différents acteurs de la pyramide sanitaire. Agent·es de santé communautaire, infirmier·es chefs de poste, équipes cadres des structures de santé et autorités sanitaires ont été davantage accompagnés pour travailler ensemble, notamment autour de la supervision, du référencement des patient·es et du suivi des femmes enceintes et des enfants. Dans certaines localités, des outils simples, comme des groupes WhatsApp, facilitent désormais les échanges et permettent de résoudre plus rapidement les difficultés rencontrées dans les unités de soins.
Pour Ahmed Sidi Mohamed, point focal santé communautaire à la Direction régionale de la santé du Brakna, cette meilleure collaboration est essentielle « Cela contribue à renforcer le fonctionnement du système de santé au niveau local ».
Des acquis à consolider dans la durée
Si les résultats sont visibles, ils restent toutefois fragiles. La disponibilité des médicaments demeure notamment un enjeu majeur : sans approvisionnement régulier, les unités de soins de base peinent à maintenir la qualité des services proposés. La pérennité de leur fonctionnement dépend également de la rémunération des agents de santé communautaire, de la régularité des supervisions et de la stabilité des ressources humaines.
Pour Khatari Sidi Abdalaye, responsable administratif et financier à la Direction de la santé communautaire du ministère de la Santé, les formations ne peuvent donc pas suffire à elles seules. « La santé communautaire nécessite un accompagnement de proximité dans la durée : les formations seules ne suffisent pas, il faut également des supervisions régulières et un suivi continu des agent·es. » Il souligne également l’importance d’associer davantage les collectivités locales, notamment les mairies, car « la santé communautaire concerne directement les communes ».
L’expérience de Rimsanté montre ainsi qu’améliorer l’accès aux soins dans les zones rurales ne consiste pas seulement à rapprocher les services de santé des populations. Il faut pouvoir compter sur du personnel formé et accompagné, des médicaments disponibles, des communautés mobilisées et des structures sanitaires capables de coordonner leurs actions. En combinant ces différents leviers, les dix unités de soins de base accompagnées par le projet ont progressivement retrouvé leur place au sein du système de santé local.
Pour les habitant·es de Roufi Awdi, cette évolution se mesure d’abord dans les gestes du quotidien : ne plus devoir parcourir de longues distances pour consulter, pouvoir trouver des médicaments au village, être orienté lorsque la situation l’exige. Pour Aissata Souleymane Ndiagne, le constat tient en quelques mots : « On gagne du temps et on dépense moins d’argent. »
Source : GRET (France)
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