En Guinée, une mobilisation en ligne inédite après les viols de jeunes filles mineures

La diffusion de vidéos montrant des viols collectifs d’adolescentes, dans la région de Kankan, a provoqué une forte émotion. Une information judiciaire est ouverte depuis avril, mais la volonté des familles de faire profil bas menace la tenue d’un procès.

Le Monde  – #JeudiNoir : c’est le hashtag repris, jeudi 23 juillet, par des centaines d’internautes guinéens, principalement sur Facebook, pour dénoncer les viols et autres violences faites aux femmes. Ce mouvement, modeste mais inédit dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, répond à un appel lancé mardi par des militantes féministes réclamant l’application de la loi pénale et l’accélération des procédures judiciaires dans les affaires de violences sexuelles.

A l’origine de cette campagne, la diffusion en ligne, une dizaine de jours plus tôt, de deux vidéos de viol. On y voit trois jeunes hommes – les mêmes dans les deux vidéos – violant des adolescentes dans une maison abandonnée. Les faits remontent au mois d’avril et se sont déroulés dans la localité de Mandiana, dans la région de Kankan, dans le nord-ouest du pays. Les images, filmées par les agresseurs eux-mêmes, avaient déjà été diffusées, mais sans rencontrer le même écho.

L’émotion suscitée par leur réapparition tient au fait que, trois mois plus tard, la procédure judiciaire paraît enlisée, même si quatre hommes sont en détention provisoire. L’objet de la campagne numérique #JeudiNoir était précisément de réclamer la tenue rapide d’un procès. Chaque citoyen était invité à publier une photo le montrant vêtu de noir, en signe de solidarité avec les victimes et de rejet des violences faites aux femmes.

Lettre ouverte

L’adhésion a été importante : des centaines de comptes anonymes, femmes et hommes compris, responsables politiques, humoristes, artistes et jusqu’à la ministre de la femme, de la famille et des solidarités, Patricia Adeline Lamah, ont répondu à l’appel. Sommé de réagir, le procureur de première instance de Mandiana a confirmé les faits, lundi, et indiqué qu’une information judiciaire était ouverte depuis avril. Un cinquième suspect est toujours recherché.

Les associations de défense des droits des femmes redoutent toutefois que la procédure s’arrête. C’est le cas d’Oumou Khaïry Diallo, l’ancienne directrice exécutive du Club des jeunes filles leaders de Guinée. Son organisation, comme d’autres collectifs, s’est vu refuser la possibilité de se constituer partie civile : « On a eu des informations selon lesquelles les familles des jeunes filles ont “pardonné” et qu’ils ne veulent plus entendre parler de l’histoire. Mais cela ne doit pas empêcher l’action de la justice », fait savoir l’activiste.

La loi guinéenne permet au procureur d’aller au terme de l’information judiciaire, avec ou sans plaignants. Toutefois, le renoncement des familles ou des victimes a déjà conduit à l’arrêt de procédures. « Nous ne voulons pas que ce cas soit passé sous silence, comme tous les autres que nous avons connus ces derniers temps en Guinée », appuie Oumou Khaïry Diallo. Dans une lettre ouverte, une dizaine d’organisations de défense des droits humains ouest-africaines appellent l’Etat guinéen à faire preuve de plus de fermeté et à diligenter sans délai des « enquêtes impartiales » sur les violences sexuelles.

 

 

 

Source :  Le Monde 

 

 

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