En France, une quatrième canicule est «inévitable»

Les modèles de projection convergent vers un épisode caniculaire autour du 29 juillet, dont l’intensité et la durée doivent encore être confirmées. L’été 2026 est en passe de devenir le plus chaud jamais enregistré en France.

Le Monde  – L’été français s’est installé dans un jour sans fin climatique. Incendies, canicule, sécheresse : les catastrophes s’enchaînent sans laisser le moindre répit. Alors que les flammes ravagent la Gironde, menaçant la métropole bordelaise, les Landes ou encore le Var, le pays s’apprête déjà à entrer dans une quatrième vague de chaleur autour du mercredi 29 juillet. « Elle est inévitable. Tous les modèles climatiques s’alignent, on y va », lâche le climatologue Christophe Cassou, directeur de recherche (CNRS) à l’Ecole normale supérieure, qui ne cache pas son « angoisse ». Son intensité et sa durée restent encore à préciser, mais les projections convergent déjà vers un épisode sévère et durable.

Le week-end des 26 et 27 juillet sera marqué par un léger rafraîchissement, avec des risques d’orages, pouvant être violents dans le Sud-Est. A partir de lundi, l’arrivée d’un air chaud fera fortement grimper les températures, d’abord dans le Sud-Ouest, puis dans le Centre jusqu’au Bassin parisien. Mercredi, le mercure atteindra entre 34 °C et 38 °C dans ces régions, tandis que la chaleur s’étendra vers l’Est.

Le milieu de la semaine marquera le retour de la vigilance canicule dans de nombreux départements. « La vigilance orange est très probable, notamment avec la hausse des températures de nuit », avance Damien Griffaut, prévisionniste à Météo-France. Le nord de la Manche et la Bretagne resteraient a priori à l’écart des très fortes chaleurs, « mais les incertitudes restent grandes », prévient-il.

« Extension géographique exceptionnelle »

« Cette nouvelle canicule s’annonce exceptionnelle et risque de battre encore des records », anticipe de son côté Davide Faranda, directeur de recherche (CNRS) au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement. Les modèles de prévision à moyen terme donnent des températures dépassant les 40 °C dans le Sud-Ouest et proches de ce seuil dans la moitié nord et dans l’Est pour les journées du jeudi 30 juillet au dimanche 2 août. Météo-France prévoit pour l’instant un indicateur thermique national – qui fait la moyenne des températures du jour et de nuit sur le territoire – compris entre 26 °C et 28 °C à partir du 29 juillet, soit 6 °C au-dessus des normales.

Cette nouvelle flambée des températures est provoquée par des conditions atmosphériques classiques, dopées par le réchauffement climatique. D’une part, une goutte froide (une masse d’air froid d’altitude) sur le proche Atlantique fait remonter un air brûlant provenant du Mahgreb. D’autre part, un anticyclone va se positionner sur l’Europe centrale et favoriser un ciel dégagé. « Sa taille est très impressionnante. Il va entraîner une canicule d’une extension géographique exceptionnelle en Europe », prévient Davide Faranda. Parmi les pays touchés : l’Espagne, l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, les Pays-Bas et une partie du Royaume-Uni.

En l’état actuel, la fin de la surchauffe n’est pas en vue. « Il y a un risque que l’on s’installe dans la chaleur. Nous avons un signal important d’une forte anomalie chaude la semaine du 3 au 9 août », avance Damien Griffaut. A ce stade, Météo-France n’écarte toutefois pas un scénario, moins probable, où un flux d’ouest rafraîchirait la France depuis l’Atlantique, entraînant des conditions moins suffocantes.

Dans tous les cas, l’été 2026 pourrait déclasser celui de 2003, qui reste comme le plus chaud jamais enregistré en France. Pour Christophe Cassou, « c’est désormais quasiment acté », alors que les températures ne redescendront pas sous les normales jusqu’au 9 août au moins.

L’été a déjà connu 30 jours de vagues de chaleur, à raison de 14 jours lors de la canicule de juin, historique, puis 16 jours en juillet – l’une des plus longues jamais enregistrées. Les scientifiques le martèlent : les vagues de chaleur sont plus fréquentes, plus intenses et plus longues en raison des émissions de gaz à effet de serre, principalement causées par la combustion d’énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz). Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les deux tiers des 53 vagues de chaleur recensées en France se sont produites depuis le début du XXIe siècle.

Sécheresse aggravée

Les climatologues ne se disent pas surpris par cet été de tous les records. Seul l’enchaînement rapide des canicules les intrigue. Des études seront menées pour savoir si cette succession relève d’un simple hasard, ou si des mécanismes spécifiques interviennent, comme l’influence d’une vaste zone d’eaux froides dans l’Atlantique Nord, susceptible de favoriser l’installation d’anticyclones sur l’Europe de l’Ouest.

Ecoles fermées, hôpitaux débordés, travailleurs surmenés, transports à l’arrêt… Les trois précédents épisodes ont éprouvé la société et l’économie, et mis en lumière les failles françaises en matière de préparation au réchauffement climatique. La canicule de juin, en particulier, a provoqué près de 6 000 décès, un bilan (provisoire) record depuis celle de 2003, qui avait entraîné 15 000 morts. Début juillet, dans son rapport annuel, le Haut Conseil pour le climat a épinglé le gouvernement pour ses politiques climatiques « insuffisantes », aussi bien en matière de décarbonation que d’adaptation au changement climatique, et l’a appelé à un « changement d’échelle ».

Le retour des températures brûlantes va encore aggraver la sécheresse. L’indice d’humidité des sols, déjà exceptionnellement bas, devrait encore descendre. Les cours d’eau ont également vu leurs débits s’effondrer ces dernières semaines. Et les nappes souterraines se situent, pour beaucoup, à des niveaux bas.

La situation devrait également rester à hauts risques sur le front des incendies. Plus de 50 000 hectares sont déjà partis en fumée dans le pays depuis le début de l’année, soit cinq fois la moyenne de 2006 à 2025. Plus de 140 000 résidents et vacanciers ont quitté leur domicile dans les départements des Landes et la Gironde où sévissent les « deux ogres de l’été », selon Sophie Brocas, la préfète girondine. « Quand on voit ce qu’il nous arrive avec un réchauffement climatique mondial de + 1,4 °C, on a du mal à imaginer le genre d’été auquel on sera confrontés à + 3 °C, prévient Davide Faranda, évoquant le réchauffement vers lequel la planète se dirige à la fin du siècle en cas de poursuite des politiques actuelles. On ne pourra pas s’y adapter totalement, alors que l’on est déjà aux limites de l’adaptation. »

 

 

 

Source :  Le Monde 

 

 

 

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