Courrier international – La “marche des paniers vides”, “rassemblement citoyen et pacifique” de quelque 200 personnes, a marqué, ce 5 septembre à Dakar, le coup d’envoi d’un mouvement lancé sur les réseaux sociaux et baptisé “#30JoursPourLeJustePrix”, relate Le Quotidien. Fournitures scolaires, énergie, carburant, viande, poisson… : “l’inflation touche tous les secteurs”, résume le titre sénégalais. “Même le plat national, le ‘thiéboudiène’ [plat traditionnel à base de riz et de poisson], est devenu un luxe.”
Le reportage d’Afrik.com au marché Castor, point de départ de cette mobilisation, illustre d’ailleurs la hausse des prix des denrées de première nécessité. Et “lorsque le panier devient vide et que les poches le sont aussi, la colère finit toujours par trouver son chemin”, concède le quotidien Le Pays.
Toutefois, son regard ouagalais sur cette manifestation est teinté de scepticisme. La présence de proches duparti des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) “nourrit forcément les soupçons de récupération politique”, estime-t-il. Ce mouvement doit donc démontrer qu’il n’est “ni un instrument de règlement de comptes politiques ni un cheval de Troie pour l’opposition”.
Risque de défaut
Cette méfiance tient au timing. Le bras de fer persistant entre le Pastef d’Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, et le nouveau parti présidentiel, Kiiraay, s’est déplacé récemment dans le champ économique. L’annonce, le 1er septembre, d’un nouveau programme d’aide du FMI continue de faire des vagues.
Le Sénégal a connu le 4 septembre une énième baisse de sa note souveraine, cette fois par S&P Global Ratings, lit-on encore dans Le Quotidien. L’agence de notation voit dans le plan du FMI un “signe manifeste d’une incapacité à honorer les échéances aux conditions initialement prévues”.
Mais surtout, l’accord sur une facilité élargie de crédit pour un montant de 1,8 million d’euros sur trente-six mois suscite la controverse et divise les experts. Face à la dette publique, évaluée à 132 % du PIB à la fin 2024, ce programme “peut constituer une bouée de sauvetage, il peut aussi augmenter dramatiquement la pauvreté des ménages”, s’inquiète un économiste dans Le Quotidien.
Pas d’“opération lourde”
Tout dépend, selon lui, de l’articulation entre ces deux injonctions du FMI : le “renforcement de la mobilisation des ressources intérieures” et la “rationalisation des dépenses”. Soit d’éventuelles hausses d’impôts indirects et d’éventuelles baisses de subventions. Il cite les cas nigérian et ghanéen, bénéficiaires d’un appui du FMI. Selon les données de l’institution financière, la pauvreté aurait augmenté dans ces pays.
Enquête Plus relaie de son côté l’analyse d’un duo d’économistes rétifs à l’option de “restructuration” de la dette sénégalaise – terme résumant la recette du FMI. En cause, plaident-ils, “le régime actuel des paiements internationaux, [qui] oblige les pays confrontés à des déficits à payer deux fois leur dette extérieure”.
Dansle quotidien Le Soleil, le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, se veut rassurant. “Le plan de traitement de la dette du Sénégal n’est pas une restructuration au sens classique du terme”, et se démarque en cela des cas du Nigeria et du Ghana. Filant la métaphore médicale, il assimile la restructuration à une intervention chirurgicale et le plan sénégalais “à un traitement administré par doses successives, afin d’obtenir un résultat similaire sans passer par une opération lourde”.
Le Pastef, de son côté, a appelé le gouvernement à plus de transparence sur l’objet et les conséquences de cette restructuration, notamment en ce qui concerne les ménages, lit-on encore dans Enquête Plus.
Source : Courrier international (France)
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