Courrier international – Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU doit se prononcer, le 31 octobre, sur l’avenir de sa mission au Sahara occidental (Minurso), le Maroc cherche à renforcer la prééminence de son plan d’autonomie. Mais dans un rapport ayant fuité dans la presse, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a rappelé la nécessité de consulter le peuple sahraoui sur son avenir, et celle de ramener l’Algérie à la table des négociations.
Le 31 octobre 2025, le Maroc avait remporté un “succès diplomatique” de premier plan lorsque la résolution 2797 du Conseil de sécurité l’ONU avait fait de son “plan d’autonomie pour le Sahara occidental” la solution “la plus réalisable” pour le règlement d’un conflit vieux de plus de cinquante ans. Ce territoire considéré comme “non autonome” par les Nations unies est contrôlé à 80 % par Rabat, en conflit avec le mouvement indépendantiste sahraoui du Front Polisario, soutenu par Alger.
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À la fin d’octobre, le Conseil de sécurité devrait se prononcer sur le renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso), une force onusienne déployée sur place en 1991. À cette occasion, “le Maroc entend faire valider à nouveau ses thèses”, indique El País, rappelant que le plan marocain a progressivement rallié plusieurs membres du Conseil de sécurité – les États-Unis, la France et le Royaume-Uni.
Mais “cette édition n’est pas comme les autres”, avertit le magazine marocain TelQuel. Car le secrétaire général de l’ONU a remis au Conseil de sécurité son rapport annuel sur le Sahara, qui a fuité dans la presse la semaine dernière. Dans celui-ci, il rappelle la nécessaire “consultation des populations” et “range l’Algérie parmi les parties” amenées à prendre part aux négociations.
“Droit à l’autodétermination”
Le Maroc pourrait ainsi voir ses ambitions sur le territoire sahraoui “éclipsées”, affirme El País. “Pour préparer ce vote, [les membres du Conseil de sécurité] reçoivent un rapport [annuel] du secrétaire général, António Guterres, qui fait le point sur l’année écoulée”, détaille TelQuel. Il s’agissait de sa dernière recommandation avant la fin de son second mandat, le 31 décembre.
Toutefois, le rapport propose de soumettre le futur statut d’autonomie à “un véritable processus de consultation du peuple du Sahara occidental”, afin qu’il puisse “l’accepter ou le rejeter” sans être privé de son droit à l’autodétermination, indique El País.
Cité par le média Tout sur l’Algérie (TSA), Staffan de Mistura, envoyé spécial de l’ONU et médiateur chargé de trouver un consensus dans le conflit du Sahara occidental, affirme que la résolution 2797 fournit “un cadre pour les négociations mais ne prescrit pas d’issue”. Il a également averti, indique El País, que l’autonomie “ne saurait être imposée sans examen approfondi”, et que “l’avenir du Sahara occidental” dépendait d’une solution au conflit devant passer par le “libre exercice, par le peuple sahraoui, de son droit à l’autodétermination, loin de toute solution imposée d’avance”.
TelQuel veut se rassurer, notant que, si le principe d’une consultation du peuple sahraoui est indiqué, “le mot ‘référendum’, lui, ne figure que dans le nom de la mission [onusienne] et dans le rappel de la proposition du Polisario. Le mot ‘indépendance’ n’apparaît pas.” Le titre de Casablanca souligne également que les négociations en cours ont pris “pour base” la proposition marocaine d’autonomie, “conformément à la résolution 2797”. Autrement dit, cette résolution, qui avait été considérée comme un succès par Rabat, reste le cadre de négociations.
Washington tente de ménager Alger et Rabat
Mais, outre le principe d’une consultation des Sahraouis, une autre ombre est jetée sur le plan marocain, celle de la place faite à Alger dans le processus diplomatique en cours. Rabat pourrait s’inquiéter de l’importance attribuée à Alger par les États-Unis et l’ONU depuis plusieurs mois au sujet du Sahara occidental. Trois cycles de négociations directes avec le Front Polisario, le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie ont eu lieu en janvier et en février 2026, dont les conclusions sont intégrées au rapport du secrétaire général de l’ONU.
TelQuel détaille que “le rapport place cette fois [l’Algérie] à la table des négociations, au même rang que les autres”. Ce sont les premières négociations impliquant directement le pays en sept ans.
Pour son retour, Alger a ainsi su placer ses pions auprès de Washington, sans toutefois bouleverser le cours des négociations. “L’Algérie nous aide sur ce dossier, et nous apprécions sincèrement le rôle du président et du gouvernement algériens. Mais l’Algérie ne peut pas imposer une solution […]. Elle peut encourager [et l’a fait] de manière constructive”, a tenté de rassurer Massad Boulos, le conseiller principal de Trump pour les affaires arabes et africaines, cité par TelQuel dans un autre article.
Pour le magazine marocain, “Washington se découvre de nouvelles affinités avec Alger”. Le Jour d’Algérie estime que “les propos de Massad Boulos témoignent également de l’importance accordée par Washington à ses relations avec Alger”.
Selon le média panafricain en ligne Afrik.com, le document “est favorable à Alger et au Polisario, en mettant en avant l’exigence d’une consultation libre, avec le droit d’accepter ou de rejeter l’accord”.
Rabat reste pourtant persuadé que son plan reste le socle des discussions. Selon TelQuel, les documents du 1er octobre ayant fuité sont “une copie avancée, transmise aux membres du Conseil de sécurité avant la parution officielle du rapport”, dans laquelle “des formulations peuvent donc encore changer […], y compris à la suite d’observations des délégations concernées”.
Le Maroc peut toujours compter sur le soutien des États-Unis de Donald Trump, qui ont reconnu sa souveraineté sur le Sahara occidental en 2020. Washington sera de nouveau chargé de rédiger le texte de la résolution qui sera soumise au vote du Conseil de sécurité à la fin du mois, affirme El País.
Source : Courrier international (France)
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