Le Temps – La presse espagnole l’a surnommé «Kill Bil». Après avoir signé dimanche les deux buts qui ont permis au club historique du Deportivo de La Corogne de retrouver l’élite du football national, le jeune avant-centre camerounais Bil Nsongo connaît son heure de gloire. A 21 ans, il est devenu «le héros d’une ville où il est arrivé par hasard», comme l’écrit le journal La Voz de Galicia qui lui a consacré sa une de lundi. Il aurait dû, en effet, prendre le chemin de la France, mais…
Rien ne prédestinait ce gamin du quartier d’Ekounou à Yaoundé à être porté en héros par les supporters du Deportivo dimanche sur la pelouse de Valladolid. Huit ans qu’ils attendaient ce moment. Presque une décennie à errer en deuxième division et même en troisième pendant trois saisons. Dimanche, le «Depor» avait besoin d’une victoire à Valladolid pour gagner son ticket et retrouver la Liga du Real ou du Barça. «Kill Bil» s’en est chargé. Avec un coup de tête précis dès la 11e minute et un tir puissant à la 34e, il a plié le match.
La révélation de la saison
Habile et puissant, dans un style qui n’est pas sans rappeler celui du galactique Kylian Mbappé, le «matador» Bil Nsongo est la révélation d’une saison entamée avec la seconde équipe du Depor. A l’approche des Fêtes, à un moment où le Depor ne parvenait plus à faire parler la poudre, ses buts ont attiré l’attention de l’entraîneur Antonio Hidalgo. Plutôt que de recruter un nouvel attaquant sur l’aléatoire mercato hivernal, il lui a donné sa chance. Le pari s’est avéré gagnant. Bil Nsongo s’est rapidement imposé comme titulaire et inscrit pas moins de six buts qui ont ouvert au Depor le chemin de son retour triomphal au sein de la Liga.
L’histoire de Bil Nsongo aurait pourtant dû être différente. Repéré il y a 3 ans pour ses 9 buts marqués en 12 matchs avec l’AS Lausanne de Yaoundé, il était censé prendre le chemin de la Ligue 2 française. Le 15 octobre 2023, il était attendu à Amiens pour un test d’entrée dans le centre de formation de cet ancien pensionnaire de Ligue 1. Un itinéraire classique: les clubs africains constituent un vivier pour la deuxième division française qui y puise ses futurs talents.
Mais, à la grande surprise des médias camerounais, le jeune prodige ne s’est pas présenté au test à Amiens. La raison? Selon La Voz de Galicia, les autorités françaises ne lui auraient pas accordé de visa. Une explication également donnée par le site Africafoot pour qui l’ambassade de France à Yaoundé aurait trouvé «peu fiables les informations communiquées par le club pour justifier l’objet et les conditions du séjour du joueur à Amiens». Le contexte politique aurait-il pesé sur cette décision? Au même moment, le parlement français s’apprêtait à durcir sa politique migratoire avec une loi que le Conseil constitutionnel retoquerait fortement quelques mois plus tard.
Contraint de rester au pays, Bil Nsongo a d’abord rejoint les rangs du Canon Yaoundé. Et, à la fin de la saison, il parvenait à se rendre en Europe pour un nouveau test. Cette fois-ci à La Corogne, au nord-ouest de l’Espagne, pays dont la politique migratoire est moins rigoureuse que dans d’autres pays comme la France ou la Suisse. Le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez a d’ailleurs annoncé ce printemps la régularisation d’un demi-million d’immigrés, au grand dam de la droite française dont le leader Bruno Retailleau a appelé à mettre le pays ibérique «au ban de l’Europe».



