Deux députées mauritaniennes sous les verrous pour avoir critiqué le chef de l’État

Jeune Afrique Sur la base d’un flagrant délit sur les réseaux sociaux, deux élues anti-esclavagistes ont été incarcérées et inculpées pour atteinte aux symboles de l’État. L’opposition voit en particulier dans la levée de leur immunité parlementaire la preuve d’une dérive autoritaire du pouvoir.

Une bonne dose d’archaïsme politique, une pincée de modernité numérique, le tout pimenté d’un article de loi d’exception et vous obtiendrez ce mélange que certains, en Mauritanie, qualifient de « réduction au silence des voix critiques » mise en œuvre par une « police politique ».

Détaillons les ingrédients. L’archaïsme relève du concept d’offense faite à un chef d’État, élargi, en l’espèce, à une présumée « atteinte aux symboles nationaux ». La modernité numérique n’est autre que la surveillance des propos des opposants, ce qui a conduit à l’incarcération de deux députées du parti Sawab.

L’article de loi qui fait figure d’exception est celui qui définit la notion de flagrant délit. Cette réglementation relative à la cybercriminalité vise « à encadrer et à réprimer les infractions liées aux technologies de l’information et de la communication, comme l’injure, la diffamation, les propos racistes, l’atteinte aux symboles nationaux, l’incitation à la violence et le trouble à l’ordre public ». Or la constatation de la flagrance d’un délit permet de suspendre l’immunité d’un parlementaire sans passer par un vote de l’Assemblée nationale. C’est ainsi que Mariam Mint Cheikh et Ghamou Achour ont été piégées.

Critiques ou insultes envers El Ghazouani ?

C’est en effet en direct que ces militantes de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) ont critiqué Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, le chef de l’État, et le gouvernement sur les réseaux sociaux. Pour le parquet général de la République du tribunal de Nouakchott Ouest, les commentaires publiés sur les réseaux sociaux relèvent de « l’insulte aux institutions ». Certaines « vidéos contenant des critiques virulentes », notamment, constitueraient une « atteinte aux symboles nationaux » telle qu’évoquée par la loi.

Le 21 avril, ces deux députées du mouvement abolitionniste de Biram Dah Abeid ont donc été placées sous mandat de dépôt et envoyées en prison. La détention de Mariem Mint Cheikh inquiète particulièrement ses proches puisqu’elle est incarcérée avec son nourrisson de trois mois.
Dialogue national avorté ?

Pour l’opposition, l’application de cette loi fourre-tout sur la cybercriminalité illustre la dérive autoritaire du pouvoir alors qu’il est question, depuis quelques mois, d’engager un dialogue national. Elle s’insurge de voir que l’immunité parlementaire est « piétinée », que ce qui devrait relever de l’exception est « banalisé » et, enfin, qu’une attaque contre la démocratie prenne la forme d’une « campagne de stigmatisation visant faire taire les voix critiques, particulièrement celles issues de la communauté haratine« .

Mohammed Berrid, général de corps d’armée et inspecteur général des Forces armées royales marocaines, est décoré de la médaille de l’Ordre national du mérite au grade de commandeur lors de sa visite à Nouakchott, du 6 au 8 avril 2026.

La notion de flagrant délit permet, de surcroît, d’accélérer la procédure. Le parquet général a déjà transmis le dossier au président de la juridiction compétente. Les deux élues sont censées être jugées par le tribunal correctionnel dans un délai de vingt-neuf jours.

Damien Glez

Source : Jeune Afrique

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page