Courrier international – “Tout le monde sait qu’il est difficile de faire lire les étudiants”, constate The Atlantic, “mais la crise de la concentration ne se limite pas à l’écrit : les professeurs constatent désormais qu’ils n’arrivent même plus à faire regarder des films à leurs étudiants en cinéma.” À partir d’une vingtaine de témoignages, la journaliste Rose Horowitch révèle ce phénomène qui s’est selon elle accentué depuis la pandémie.
Même si quelques professeurs lui ont “confié n’avoir constaté aucun changement”, la plupart ont le sentiment inverse et vont, pour certains, jusqu’à comparer leurs étudiants “à des fumeurs en manque”. Elle cite d’abord l’exemple d’un professeur qui, malgré l’interdiction d’utiliser des appareils électroniques pendant les projections, observe que la moitié de ses étudiants “finissent par jeter des coups d’œil furtifs à leur téléphone”.
Dans la mesure où de nombreux étudiants “refusent catégoriquement l’idée de projections en présentiel”, plusieurs professeurs “les autorisent désormais à visionner des films en streaming”. Mais le font-ils ? Le mensuel américain cite l’exemple de l’Université de l’Indiana, où les enseignants peuvent vérifier si les élèves regarent les films sur la plateforme de streaming interne du campus. Résultat : en moyenne, moins de 50 % lancent le film et seulement 20 % le regardent jusqu’au bout.
“Rééduquer la perception”
À l’Université du Wisconsin à Madison, un professeur a demandé à ses élèves, avec des questions à choix multiples, ce qui se passait à la fin du film de François Truffaut Jules et Jim. Plus de la moitié de la classe s’est trompée, affirmant par exemple que “les personnages se cachent des nazis (alors que le film se déroule avant la première guerre mondiale) ” ou qu’“ils boivent des coups avec Ernest Hemingway (qui n’apparaît pas dans le film) ”. C’est la première fois en vingt ans, admet le professeur, que les résultats à cet examen sont aussi mauvais, l’obligeant à “ajuster ses notes”.
Pour autant, souligne la journaliste, la plupart de ses interlocuteurs “n’ont pas blâmé les étudiants” mais plutôt “l’évolution de nos habitudes médiatiques”. Les jeunes adultes n’ont en effet “aucun souvenir d’un monde sans défilement infini” et ils ont passé durant leur adolescence en moyenne “cinq heures par jour sur les réseaux sociaux […], à enchaîner les vidéos courtes”. Une analyse de “l’attention des utilisateurs d’ordinateurs” révèle qu’ils changent désormais d’onglet ou d’application toutes les 47 secondes, contre une fois toutes les deux minutes et demie en 2004.
Netflix, bien conscient de ce problème, “conseille à ses réalisateurs de faire répéter l’intrigue trois ou quatre fois aux personnages afin que les spectateurs multitâches puissent suivre l’histoire”, expliquait récemment Matt Damon au podcasteur Joe Rogan.
Source : Courrier international (France) – Le 01 février 2026
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