
So Foot – L’Espagne a remporté la Coupe du monde grâce à sa maîtrise tactique collective incontestée, semblable à celle de Paris en Ligue des champions. Confrontés à leur quasi-invulnérabilité, l’Argentine et Arsenal ont tout simplement refusé le jeu. Mais existe-t-il vraiment en 2026 d’autres options tactiques pour espérer battre cette Roja et ce PSG ?
Deux équipes injouables, donc. Parisiens et Espagnols ont bel et bien triomphé en validant un statut de favori qui s’est affirmé au long de leur compétition. Même s’ils l’ont emporté dans la difficulté en finale : aux tirs au but pour le PSG et sur un petit 1-0 en prolongation pour l’Espagne. Et ce, face à deux adversaires qui ont clairement bétonné derrière. Ce qui a valu à Mikel Arteta et à Lionel Scaloni d’être sévèrement blâmés. Et pourtant…
Espagne – Pays-Bas 2010, déjà…
Il faut se mettre à leur place. La peur de l’humiliation, tel le 0-5 subi par l’Inter en finale de C1 2025, ou le dézingage en 2026 de tous les autres clubs anglais et du Bayern en demies, a dû refroidir le coach des Gunners. Tout comme la masterclass infernale de la Roja face aux Bleus a dû contraindre l’entraîneur de l’Albiceleste à la résignation. Tous deux ont lutté avec leurs moyens. Les Londoniens ont tenté le bloc bas, ont espéré marquer sur un contre (ce qu’ils ont réussi sur le but de Havertz, 1-0) puis défendre en bon ordre, et à 1-1 attendre la prolongation. Finalement, les hommes de Luis Enrique l’ont emporté. Mais cet Arsenal bétonneur aurait pu gagner en conservant le 1-0 jusqu’au bout ou en plantant le 2-1 sur contre en prolongation ou en gagnant aux TAB…

L’Argentine très moche et sans idées aurait pu, elle, faire chuter la Roja, autre équipe injouable. Les Gauchos se sont disposés en bloc médium compact, ont pourri le jeu (rouge pour Enzo Fernandez) et ont souvent cassé le tempo espagnol par la multiplication des passes en retrait vers Dibu Martinez (21 exactement durant les 90 minutes réglementaires). Arsenal et l’Argentine auraient-ils été des « sales champions » ? Non. C’est le football. Il n’y a pas de morale, pas de note artistique. Quant au mérite, il n’existe pas en sport. On gagne comme on peut et l’histoire ne retient que les vainqueurs.
Face à l’infaillibilité réelle ou supposée des équipes « injouables », l’habituelle option tactique de la défense hérisson couplée à l’attente du contre mortel est tout bêtement légitime. En finale de Coupe du monde 2010, déjà, face à une Roja ultra favorite, les Néerlandais complexés avaient défendu, pourri le jeu (Heitinga expulsé) et misé sur un contre, comme sur le duel Casillas-Robben remporté par le portier du Real. Ces Oranje « dégueu » auraient pu être champions du monde…
Vain frisson belge, vaine audace munichoise
Dans d’autres finales de Coupe du monde, les teams « injouables » ont connu des fortunes diverses. L’ultra favorite Hongrie 1954 avait nettement dominé une RFA qui avait osé le jeu par moments et bénéficié des arrêts miraculeux de son gardien Turek (3-2). En 1970, face au grand Brésil, l’Italie résignée s’est, elle, contentée d’une petite déculottée plutôt qu’une grande (4-1). En 1974, les inarrêtables Oranje mécaniques sont tombés face à une RFA qui pratiquait elle aussi le football total (2-1). En 1982, face aux sublimes Brazileiros de Telê Santana, l’Italie a excellé dans son art défensif absolu et fait la diff sur trois coups de poignard de Paolo Rossi (3-2)…

Mêmes très talentueuses, les équipes injouables se doivent donc de toujours trouver LA solution face aux blocs attentistes. Avec patience, confiance au collectif, geste létal (Ferran Torres), coaching avisé… et un peu de chance ! L’Espagne a su assumer son statut de team irrésistible en surmontant les impasses tactiques adverses. Après avoir buté sur le Cap-Vert et un Vozinha en état de grâce (0-0) et en achevant tardivement un Portugal très compact (1-0), c’est contre une Belgique avec du répondant que la Roja a passablement le plus douté. Rudi Garcia avait misé sur un pressing haut au départ ainsi que sur des longs ballons dans le dos de la défense haute espagnole. Why not. Mais le manque de précision dans les transmissions et le manque de vitesse de Charles De Ketelaere dans la profondeur ont entravé cet unique plan A.
L’égalisation belge tient autant à la passe géniale de Kevin De Bruyne qu’au mauvais alignement défensif espagnol d’un hors-jeu mal joué. Après l’entrée de Pedri, placé en double pivot avec Rodri, la Belgique acculée n’a fait que subir en misant sur les contres de Jérémy Doku. La Belgique aura tenté… Quant à l’équipe de France, en faillite tactique (au pressing, notamment) et sans plan B, elle n’a pas pu enrayer la mécanique hispanique. L’ultime test d’invulnérabilité pour la Roja (38 matchs sans défaite TCC, série en cours) aura lieu à Wembley, le 26 septembre, contre les vaillants Three Lions en Ligue des nations. On verra bien ce qu’osera ou non Thomas Tuchel… La flamboyance offensive du Bayern a, elle, été éteinte au Parc (5-4) puis à Munich (1-1). Le PSG repartira favori pour la Ligue des champions 2027. L’Espagne le sera aussi pour l’Euro 2028. À part la défense bunker et l’espoir d’un contre létal, comment espérer les faire chuter ?
Chérif Ghemmour
Source : So Foot (France)
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