Comment Donald Trump marginalise les États-Unis sur la scène internationale

Qu'il s'agisse du conflit au Moyen-Orient ou de la guerre en Ukraine, les gesticulations sans effet du président américain confortent le monde dans l'idée que les États-Unis sont une puissance de plus en plus déclinante et insignifiante.

Slate – Dimanche 7 juin, l’Iran a tiré des missiles balistiques sur Israël, ignorant les avertissements du président américain Donald Trump de continuer à observer le cessez-le-feu du 8 avril, sous peine de s’attirer ses foudres. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a riposté, lundi 8 juin, au mépris d’un précédent appel téléphonique personnel de la part de Donald Trump, qui lui ordonnait de ne rien faire. Plus gênant encore, le dirigeant états-unien a rendu public son coup de fil passé à Benyamin Netanyahou et déclaré à un journaliste du Financial Times: «C’est moi qui décide. Je décide de tout. Ce n’est pas lui qui décide.»

Quelques heures après ces attaques et ces ripostes, l’Iran et Israël ont tous deux annoncé qu’ils suspendaient leurs frappes, peut-être en réponse à de nouvelles demandes téléphoniques et sur les réseaux sociaux de la part de Donald Trump. Mais la promesse de retenue de Benyamin Netanyahou ne s’appliquait pas au Liban. C’était parce que l’armée israélienne avait frappé des cibles du Hezbollah dans ce pays que l’Iran avait lancé des missiles contre Israël le 7 juin, laissant clairement paraître que la guerre contre la milice chiite libanaise et celle contre le régime iranien sont deux faces d’un même conflit du côté israélien. Les autorités iraniennes ont juré de redoubler leurs attaques contre Israël en cas de nouvelle agression au Liban, de sorte que le succès tardif de Donald Trump en matière de pression publique pourrait bien faire long feu.

Les maladresses trumpiennes dans l’usage du pouvoir

Pendant ce temps, en Ukraine, le président Volodymyr Zelensky a écrit à son homologue russe Vladimir Poutine, jeudi 4 juin, pour lui proposer de se rencontrer en personne, afin de tenir des pourparlers de paix, sans implication des États-Unis, bien trop occupés au Moyen-Orient. En effet, les efforts de Washington, autrefois le médiateur par défaut des questions de sécurité européenne, se sont avérés inutiles pour négocier la paix et ont joué un rôle largement secondaire dans les récents succès militaires ukrainiens.

De fait, l’Ukraine a même conseillé des chefs militaires américains en matière de tactiques et de technologies antidrones –et non l’inverse. Au lendemain de l’envoi de la lettre du président ukrainien, Vladimir Poutine a finalement écarté la proposition de Volodymyr Zelensky. Mais les responsables russes commenceraient de s’agacer face à la perte de temps que représentent les visites des émissaires fantoches de Donald Trump, son gendre Jared Kushner et un autre magnat de l’immobilier, Steve Witkoff.

«Vladimir Poutine ne voit pas l’intérêt de rencontrer Volodymyr Zelensky en tête-à-tête», France 24, samedi 6 juin 2026.

Certes, les États-Unis continuent d’exercer une immense influence sur la scène internationale. Ils possèdent l’armée la plus puissante et la plus étendue au monde; ils contrôlent la principale monnaie en usage (le dollar); chacun des faits, gestes et déclarations de ses dirigeants est davantage observé et analysé que celui de n’importe quel chef d’État à travers le monde.

Mais Donald Trump s’est montré remarquablement malhabile dans l’usage de ce pouvoir. Le locataire de la Maison-Blanche semble croire qu’il peut régner sur le monde à grand renfort de menaces et d’affirmations de domination unilatérale et que, pour reprendre les mots de Mao Zedong, «le pouvoir politique naît au bout du fusil».

Alors lorsque cette formule prouve son ineptie –quand il rétropédale après avoir menacé, quand il aboie sans mordre, quand d’incessantes salves détruisent leurs cibles sans atteindre leur objectif politique (parce qu’il croit, à tort, que l’enchaînement des deux est infaillible)–, le reste du monde, ses amis comme ses ennemis, prennent ses menaces et ses assurances (et par conséquent, celles des États-Unis) moins au sérieux. Ils décident de faire cavalier seul et tentent de mettre au point des accords de sécurité et des chaînes d’approvisionnement qui échappent au contrôle des États-Unis.

Le sursaut des «puissances moyennes»

En d’autres termes, les incompréhensions et les abus de pouvoir de Donald Trump à court terme sont en train de mettre en place un nouvel équilibre des pouvoirs à long terme. Ce changement a d’abord été articulé, ou tout au moins de la manière la plus éloquente, le 20 janvier 2026, au cours d’un discours du Premier ministre canadien Mark Carney au Forum économique mondial de Davos (Suisse), dans lequel il a appelé les «puissances moyennes» à former leurs propres alliances et à se détacher de la domination destructrice des grandes puissances.

Mark Carney, Premier ministre du Canada, à Davos: son discours complet (en français), Radio-Canada Info, 21 janvier 2026.

Il vaut la peine de citer Mark Carney: «Récemment, les grandes puissances ont commencé à utiliser l’intégration économique comme une arme, les droits de douane comme des leviers, l’infrastructure financière comme un moyen de coercition, les chaînes d’approvisionnement comme des vulnérabilités à exploiter. On ne peut pas vivre dans le mensonge d’un bénéfice mutuel grâce à l’intégration, quand cette intégration devient la source de votre subordination. […] Les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si vous n’êtes pas assis à table, vous êtes au menu.»

Mark Carney a bien pris garde à ne pas mentionner le nom de Donald Trump et à ne pas lui attribuer la responsabilité, même implicitement, de cette situation. Il s’est contenté de souligner qu’«au cours des deux dernières décennies, une série de crises dans les domaines de la finance, la santé, l’énergie et la géopolitique a mis en évidence les risques de l’intégration mondiale extrême».

Cependant, depuis environ un an, ces tendances se sont accélérées et les crises qui en ont résulté se sont intensifiées. Et c’est Donald Trump qui a été la principale source d’exacerbation. Nous sommes aujourd’hui témoins de certaines de ces conséquences. Le président des États-Unis envoie des navires de guerre dans des eaux lointaines et le destinataire du message hausse les épaules. Il lance des milliers de bombes avec une puissance incroyable et une précision méticuleuse, sans résultat. Il hurle «saute!» à un dirigeant étranger et celui-ci se contente de l’ignorer au lieu de lui demander: «Jusqu’où?».

Fred Kaplan – Traduit par Bérengère Viennot – Édité par Émile Vaizand

Source : Slate (France)

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