
– Les dernières volontés de Marie-Thérèse Petit ne seront pas exaucées. Son « petit musée africain », comme cette sage-femme aimait à l’appeler, ne rejoindra pas les collections publiques de la ville de Bordeaux selon le souhait couché sur son testament, ouvert au lendemain de son décès, en 2022.
Le conseil municipal de l’ancien port négrier a officiellement refusé son legs, lundi 1er juin, afin de permettre à 53 objets collectionnés par cette passionnée de retourner dans leurs pays d’origine. Le Gabon, dont provient le plus grand nombre d’artefacts (33), en a manifesté le souhait. Tout comme le Nigeria (13) et la Côte d’Ivoire (7). Les délibérations ont par ailleurs conduit à accorder deux années supplémentaires à quatre autres Etats (Burkina Faso, Niger, République démocratique du Congo et Togo), dont 11 objets et un lot de bijoux et d’accessoires touaregs figurent également dans la donation, pour faire connaître leur position. La collection a été évaluée à 30 800 euros par des experts.
« C’est un acte de responsabilité plus que de renoncement. Nous reconnaissons que ces objets ne sont pas de simples des biens patrimoniaux, mais des témoins d’histoires, de croyances, de savoir-faire qui gardent un lien profond avec les sociétés dont ils sont issus », a déclaré, lors du conseil, Nathalie Bois-Huyghe, adjointe en charge de la culture et des mémoires.
Cette décision, encore peu courante encore dans le paysage muséal français, traduit, pour la directrice adjointe du Musée d’Aquitaine, Katia Kukawka, une « ère nouvelle qui ne permet plus de faire entrer des biens dans les collections publiques sans avoir interrogé leur lieu d’origine ». Au terme de neuf années de débats difficiles, la France a adopté, le 7 mai, une loi devant faciliter la restitution des biens culturels acquis de manière illicite pendant la colonisation.
La collection de Marie-Thérèse Petit n’entre a priori pas dans ce cadre. Elle est celle d’un couple expatrié – Jacques Petit était chirurgien – qui, à partir de 1947, vit successivement au Togo, au Gabon et au Niger, avant de rentrer prendre sa retraite en France au début des années 1980. Lorsque, en juin 2022, Katia Kukawka se rend avec le notaire chargé de la succession dans la maison de Mouguerre (Pyrénées-Atlantiques), près de Bayonne, elle découvre la collection et son inventaire manuscrit.
Biens culturels tsogo
La sage-femme a noté le lieu de provenance et le mode d’acquisition de chaque objet : « acheté à un colporteur dans le village de… », « chez un antiquaire à Paris », « trouvé dans la forêt »… Rarement la date. « La présentation est en tous points identique à l’inventaire de la collection de Gérard Chaumeil, un ancien administrateur de la France d’Outre-mer, qui a lui-même légué ses objets à la ville de Bordeaux dans les années 1990. Mme Petit lui rend hommage en préambule », raconte la responsable du Musée d’Aquitaine, supposant que les deux passionnés d’art africain ont échangé sur la postérité de leur collection.
En 2022, le Musée d’Aquitaine prend contact avec le Musée national des arts, rites et traditions du Gabon qui se montre favorable au retour des 33 biens culturels. La majorité provient du sud-ouest du pays et est rattachée au peuple tsogo, dont les objets sont moins connus que ceux des Fang. Il faudra quatre ans pour faire aboutir la démarche.
« Nous sommes curieux de voir le legs de Mme Petit dont nous ne connaissons pas précisément le contenu. Les Tsogo sont une ethnie dépositaire du rite initiatique bwiti qui s’appuie sur des objets rituels. Nous possédons quelques pièces au musée », témoigne Adrien Djembé, directeur du patrimoine culturel au ministère de la culture.
Une délégation gabonaise était présente à Bordeaux, lundi. « Il s’agit pour nous d’un moment historique et nous espérons que cette décision fera jurisprudence pour nos autres demandes, afin que ces objets regagnent la terre qui les a vus naître », a déclaré l’ambassadrice gabonaise à l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), Bernice Abegue Owono. L’ancienne colonie française s’est engagée depuis une dizaine d’années dans une politique de réappropriation de son patrimoine national, mais Libreville n’a encore entrepris aucune démarche officielle auprès de la France. En avril 2025, le musée national a bénéficié de la restitution volontaire de 90 objets de la part des collectionneurs privés Françoise Aubrun et Paul Bory.



