Après le déni, les confessions forcées dans le cadre de l’affaire Epstein. Quelques jours après avoir annulé sa prise de parole prévue jeudi 19 février, lors d’un important sommet mondial sur l’intelligence artificielle à New Delhi, Bill Gates s’est expliqué, mardi 24 février, lors d’une réunion avec les cadres de sa fondation. Il a reconnu avoir eu des relations avec des femmes russes, comme l’en accusait un e-mail non envoyé de Jeffrey Epstein, révélé par le département de la justice.
« J’ai eu des liaisons, l’une avec une joueuse de bridge russe rencontrée lors de tournois, l’autre avec une physicienne nucléaire russe rencontrée dans le cadre de mes activités professionnelles », a déclaré le cofondateur de Microsoft à ses collaborateurs, selon des propos révélés par le Wall Street Journal mardi.
« Je n’ai rien fait d’illicite. Je n’ai rien vu d’illicite », a affirmé Bill Gates, assurant n’avoir jamais passé la nuit chez Jeffrey Epstein à New York et niant s’être rendu sur son île des Bahamas. Il dit avoir rencontré l’homme d’affaires en 2011, soit après sa condamnation en 2008 par la justice de Floride pour « sollicitation de prostitution » et « incitation de mineur à la prostitution », et l’avoir fréquenté jusqu’en 2014.
Dans un e-mail de 2013 non envoyé, Jeffrey Epstein faisait part de ses griefs envers Bill Gates, qui semblait vouloir prendre ses distances avec lui. « Tu m’as ensuite supplié, les larmes aux yeux, de bien vouloir supprimer les courriels concernant ta MST [maladie sexuellement transmissible], ta demande de te fournir des antibiotiques que tu pourrais donner subrepticement à [ta femme] Melinda, et la description de ton pénis », écrivait le prédateur sexuel, ajoutant, dans un autre message, qu’il s’agissait, pour le fondateur de Microsoft, de « faire face aux conséquences de ses relations sexuelles avec des filles russes ». Le 3 février, en Australie, ce dernier avait déclaré que cet e-mail était « faux ».
Selon le Wall Street Journal, la physicienne travaillait dans l’une des sociétés de Bill Gates, mais on ignore s’il a eu cette liaison alors qu’elle était son employée. L’histoire de la joueuse de bridge, Mila A., est connue depuis plusieurs années. Dans une enquête publiée dès 2023, le même quotidien américain révélait que Bill Gates l’avait rencontrée en 2010, alors qu’elle avait une vingtaine d’années. Mais rien n’indique qu’il ait eu des relations avec des mineures. Il n’a été accusé publiquement par aucune victime.
« Du plus riche du monde au plus hypocrite »
Dans une vidéo promouvant le bridge, mise en ligne en 2010, la jeune joueuse, qui avait étudié en Russie entre 2005 et 2010, montrait une photo d’elle-même avec Bill Gates, expliquant qu’elle l’avait affronté dans un tournoi : « Je ne l’ai pas battu, mais j’ai essayé de lui donner un coup de pied. » Jeffrey Epstein l’avait rencontrée en 2013 alors qu’elle cherchait des financements pour le bridge et avait, par la suite, payé sa formation en programmation informatique. En 2017, il avait envoyé un courriel à Bill Gates pour demander le remboursement des frais de cette formation. La somme en jeu importait peu : le but était manifestement d’exercer sur lui une possible pression, alors que Jeffrey Epstein cherchait à monter un fonds philanthropique avec l’argent du cofondateur de Microsoft, analyse le Wall Street Journal.
Dès le 4 juillet 2013, Epstein s’inquiétait des risques pris par Bill Gates avec ses relations féminines. « Bill risque de passer d’homme le plus riche du monde au plus grand hypocrite [du monde], Melinda devenant la risée de tous, et les promesses de dons s’évaporeront », écrivait Le prédateur sexuel, ajoutant, en les citant par leurs prénoms, que les deux liaisons de Bill Gates « risqu[aient] de devenir des stars du jour au lendemain ».
Bill Gates a aussi donné son explication sur les photos où on le voit avec Jeffrey Epstein en compagnie de femmes dont le visage est masqué : il s’agissait, dit-il, de clichés pris après leurs réunions avec les assistantes de Jeffrey Epstein à la demande de ce dernier. Evoquant son ex-femme Melinda, dont il a divorcé, Bill Gates a ajouté : « Il faut lui reconnaître qu’elle a toujours été plutôt sceptique au sujet d’Epstein. »
Audition du couple Clinton
L’affaire Epstein continue d’éclabousser de nombreuses personnalités publiques. Mercredi 25 février, Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor de l’ex-président Bill Clinton (1993-2001) et ancien président de l’université Harvard, a démissionné le 25 février de son poste de professeur au sein de la prestigieuse université. « J’ai pris la difficile décision de quitter mon poste de professeur à Harvard à la fin de cette année universitaire », a déclaré M. Summers dans un communiqué. Il s’était retiré de la vie publique et avait démissionné de son poste d’administrateur d’OpenAI, la firme d’intelligence artificielle, après qu’avait été révélée, à l’automne 2025, sa proximité avec Jeffrey Epstein, beaucoup plus importante que ce qui était jusque-là connu.
Dans un e-mail du 16 mars 2019, quelques mois avant l’incarcération du prédateur sexuel, Larry Summers s’était plaint auprès de lui de l’infidélité de l’une de ses maîtresses : « Je suis vraiment furieux d’avoir été trompé. » Son interlocuteur avait tenté de le raisonner : « Elle est intelligente. Elle te fait payer tes erreurs passées. »
La prochaine étape est l’audition, par une commission de la Chambre des représentants, de l’ancienne secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, jeudi 26 février, puis de son mari, Bill Clinton, vendredi. Leurs auditions devaient se dérouler à huis clos à leur domicile, au nord de New York, mais seront enregistrées. Les vidéos devraient être rendues publiques dans la foulée.
Après avoir refusé de témoigner, les Clinton s’y sont résolus, sous la menace d’une condamnation pour outrage au Congrès. L’ancien président a fréquenté longuement Jeffrey Epstein, a utilisé ses avions et figure dans des centaines de références du dossier.
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