
Parmi les nominations du nouveau gouvernement, celle de Bâ Ousmane à la Défense mérite une attention particulière. Elle intervient dans un contexte régional où l’armée n’est plus seulement un instrument de sécurité. Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, elle est devenue le centre du pouvoir politique. Ghazouani, ancien chef d’état-major, choisit pourtant de remplacer un général par un civil.
Le contraste est intéressant. Certes, la Mauritanie a déjà connu des ministres civils à la Défense, notamment Diallo Mamadou Bathia. Mais les circonstances ont changé. Le Sahel d’aujourd’hui n’est plus celui de 2014. Les alliances se recomposent, les coopérations militaires se redéfinissent et les anciennes solidarités diplomatiques sont soumises à rude épreuve.
Le départ du général Hanana Ould Sidi mérite lui aussi qu’on s’y attarde. En juin dernier, il était à Bamako auprès d’Assimi Goïta, puis à Niamey auprès d’Abdourahamane Tiani, porteur de messages du président Ghazouani. Le 8 octobre encore, il recevait à Nouakchott un haut responsable de l’OTAN.
Ces déplacements et ces rencontres illustrent assez bien la diplomatie mauritanienne. Maintenir des canaux de coopération avec des partenaires dont les orientations politiques et stratégiques sont parfois opposées. Notre pays n’a pas rejoint l’AES. Il n’a pas non plus rompu avec ses voisins. Et il aurait beaucoup à perdre à s’enfermer dans une logique de blocs. Avec le Mali, nous partageons bien plus qu’une frontière. Il y a des populations, des familles, des échanges commerciaux, des mouvements pastoraux et des intérêts sécuritaires communs. Aucune divergence politique ne peut faire disparaître cette réalité.
La véritable difficulté pour Nouakchott sera de poursuivre cette coopération sans être entraînée dans les rivalités qui traversent aujourd’hui le Sahel. Les partenaires occidentaux demeurent importants, tout comme les relations avec l’Algérie et les États voisins. Mais ces partenariats doivent d’abord répondre à nos propres besoins de sécurité. C’est dans cet environnement que Bâ Ousmane prend ses fonctions. Son statut de civil ne signifie pas nécessairement une diminution du poids de l’institution militaire. Ghazouani connaît parfaitement ses rouages et conserve, en sa qualité de chef de l’État, les principaux leviers de décision en matière de défense. Le nouveau ministre devra donc trouver sa place entre les exigences du commandement militaire, les impératifs de coopération régionale et les orientations politiques de la présidence.
C’est précisément là que se pose une question de fond. Ghazouani cherche-t-il à faire évoluer la conduite de notre diplomatie militaire ou procède-t-il simplement à un nouvel arbitrage dans l’organisation du pouvoir ? Il est encore trop tôt pour trancher. Mais une chose mérite d’être rappelée. La Mauritanie ne gagnerait rien à importer les antagonismes de ses voisins. Sa force diplomatique réside aussi dans sa capacité à parler à Bamako, à Niamey, à Alger et à ses partenaires occidentaux sans devoir choisir un camp contre un autre. Dans le Sahel actuel, préserver cette liberté de décision est déjà un enjeu majeur de souveraineté.
Mansour LY
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