Avec la disparition d’Albert Bourgi, l’Afrique perd l’un de ses derniers intellectuels de gauche

Le brillant constitutionnaliste, qui fut un familier de Jeune Afrique et de son fondateur Béchir Ben Yahmed, mais aussi un ami proche de Laurent Gbagbo et Alpha Condé, est décédé le 7 janvier à l’âge de 83 ans.

Jeune Afrique – La gauche africaine – si tant est que ce terme ait encore un sens – vient de perdre l’un de ses derniers intellectuels organiques. Albert Bourgi est décédé le 7 janvier à Paris à l’âge de 83 ans, des suites d’une longue maladie qui l’avait tenu à l’écart des soubresauts du continent depuis plusieurs années.

Issu d’une famille libanaise installée à Dakar où il est né, mais Africain de cœur et de pensée, ce juriste agrégé de droit public a formé des générations de jeunes étudiants venus des quatre coins de l’Afrique francophone suivre ses cours à l’Université de Reims où il enseigna pendant quatre décennies.

Un homme honnête et sans concession

Socialiste militant, politiquement aux antipodes de son frère Robert qui fut un pilier de la Françafrique, passionné, chaleureux, brillant, mais aussi volontiers subjectif et éruptif, Albert Bourgi était avant tout un homme de fidélité et d’engagement. Les anciens présidents Laurent Gbagbo et Alpha Condé, qu’il a connu et soutenu bien avant leur arrivée au pouvoir avant de les conseiller une fois élus, peuvent en témoigner. Albert et son épouse Evelyne (décédée en 2019) furent par la suite des visiteurs réguliers de l’Ivoirien dans sa prison de Scheveningen et seule la maladie l’empêcha de se rendre à Istanbul où le Guinéen vit en exil.

Proche également d’Abdou Diouf et d’Alpha Oumar Konaré, ce spécialiste des constitutions africaines, longtemps consultant privilégié du Sénégalais Amadou Mahtar Mbow, lorsque ce dernier dirigeait l’Unesco, fut un familier de Jeune Afrique et de son fondateur Béchir Ben Yahmed.

Intitulée « En vérité », la rubrique hebdomadaire de cet homme honnête et sans concession sur les principes démocratiques et de l’État de droit était très attendue par nos lecteurs et souvent redoutée par les puissants. La direction et la rédaction de JA s’associent à la peine de sa famille. RIP Albert, que la terre te soit légère.

 

 

François Soudan

 

 

Source : Jeune Afrique

 

 

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page