– Ni purge ni sanction, mais un ralliement massif derrière Oumsane Sonko. Deux semaines après avoir été limogé avec fracas de la primature par le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, l’ex-chef du gouvernement a été réélu samedi 6 juin à la tête des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) avec 589 voix sur 598. Un plébiscite pour l’ancien premier ministre devenu premier opposant après des mois de crise larvée à la tête de l’exécutif.
Si le premier congrès du Pastef – formation dont est également issu le chef de l’Etat – n’a pas tourné au règlement de compte, les déchirements qui ont affecté le parti ces dernières semaines se faisaient néanmoins sentir. Parmi les militants présents à Diamniadio, la ville nouvelle située à une trentaine de kilomètres de Dakar où se tenait la réunion samedi et dimanche, le mot « traître » a quelques fois été lâché pour évoquer ceux restés aux côtés de Bassirou Diomaye Faye.
Dans son nouveau gouvernement formé le 1er juin, le président de la République a débauché cinq membres du Pastef. « Le congrès n’est pas le moment pour discuter de leur avenir dans le parti », assurait samedi le secrétaire général du Pastef, Ayib Daffé. Tout juste les intéressés ont-ils été sortis des boucles WhatsApp de l’organisation. En revanche, le parti a beaucoup communiqué sur les démissions de ses sympathisants qui occupaient des postes dans les institutions et les ont quittés après le renvoi d’Ousmane Sonko.
Le 26 mai, quatre jours après avoir été limogé, ce dernier a été élu à la tête de l’Assemblée nationale. Très véhément, le 2 juin, lorsqu’il s’en prend à son successeur à la primature, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, lui « conseillant de s’en tenir aux chiffres » et de se « limiter à la technocratie », il a semblé moins menaçant dans son discours samedi.
« Les révolutions peuvent être détournées si elles ne se dotent ni d’une doctrine claire ni d’une organisation capable d’inscrire les changements dans la rupture, a-t-il déclaré. (…) Notre voix est celle d’une révolution démocratique, populaire et souveraine » et « cette fois, aucun projet de sabotage n’aboutira parce que le peuple donnera les garanties qu’il faut pour libérer notre pays ».
Ousmane Sonko ne cache plus son intention de se présenter à la présidentielle de 2029. D’ici là, le Pastef se prépare aux élections locales de 2027 et à une possible dissolution de l’Assemblée nationale, permise à Bassirou Diomaye Faye à partir de décembre. Le parti espère profiter du scrutin pour renforcer l’un de ses principaux atouts : une majorité de 130 députés sur 165 à l’Assemblée, presque tous fidèles à Ousmane Sonko.
S’emparer de l’appareil d’Etat
« Dans le duel qui l’oppose au chef de l’Etat, en régime présidentialiste, le Pastef est l’outil de puissance d’Ousmane Sonko, explique Babacar Ndiaye, analyste politique au centre de réflexion Wathi. Il est très à l’aise au contact des militants “patriotes”, de loin les plus actifs du pays. »
Le congrès a ainsi été l’occasion de prouver que le Pastef est le plus puissant des partis sénégalais. Pendant longtemps, il est resté un mouvement diffus, vivant des initiatives de ses bases, son caractère populiste amalgamant différentes visions politiques autour de la figure d’Ousmane Sonko. Mais les difficultés à appliquer son programme de réformes ambitieuses dans un contexte international instable et sous la pression d’une importante dette publique héritée de la présidence de Macky Sall (2012-2024) ont poussé les « patriotes » à chercher des actions pour maintenir la mobilisation de ses ouailles.
Selon un document d’orientation stratégique adopté le 6 juin, le Pastef doit s’emparer de l’appareil d’Etat non pour s’y fondre mais pour le modifier au profit d’un projet souverainiste et démocratique. C’était un des points de discorde entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, ce dernier souhaitant voir plus de « patriotes » nommés dans l’administration afin d’assurer la rupture promise.
« Le Pastef est très puissant, c’est indéniable. Avec un risque : la tentation du parti-Etat, met toutefois en garde un sympathisant du président de la République interrogé la veille d’un congrès auquel il ne s’est pas senti convié. Certes, Ousmane Sonko est très populaire. Mais lorsque ses partisans le surnomment “guide de la révolution” comme ils le font depuis quelques semaines, cela peut aussi faire peur à de nombreux Sénégalais, attachés à des symboles de démocratie et de partage du pouvoir. »
Source :
Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com




