Au Sénégal, l’accord avec le FMI creuse le fossé entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko

Après l’échec des négociations avec le Fonds monétaire international il y a deux ans, Dakar avait refusé de restructurer sa dette. Une posture que le président a finalement abandonnée, mais qui est toujours défendue par l’ancien premier ministre.

Le Monde  – Deux ans après la suspension de l’accord qui les liait, le Fonds monétaire international (FMI) et le Sénégal se sont entendus, le 1er septembre, pour reprendre leur coopération. Le nouvel accord technique doit encore être soumis à l’approbation du conseil d’administration du FMI. Courant sur une durée de trente-six mois, il ouvrirait au Sénégal un programme d’environ 2,2 milliards de dollars (soit 1 244 milliards de francs CFA et 1,9 milliard d’euros). Il devrait rendre possibles des financements provenant de la Banque mondiale et d’autres partenaires.

Le précédent programme avait été arrêté par l’institution financière suite à la révélation par Dakar d’une dette d’environ 7 milliards de dollars, contractée durant la présidence de Macky Sall (2012-2024) et « cachée » par l’administration d’alors. Le Sénégal se découvrait alors un des pays les plus endettés d’Afrique, avec une dette publique soudain estimée à 132 % du PIB.

Dakar a aussi annoncé un « plan de traitement de la dette » – une formule qui ressemble fort à un euphémisme permettant de ne pas évoquer directement une restructuration. « Il faut traiter la dette », a asséné Cheikh Diba, ministre de l’économie et des finances, qui s’est chargé d’annoncer aux Sénégalais la conclusion de l’accord. « Quand les déficits s’accumulent et que les échéances de la dette augmentent, les capacités de financement de l’Etat sont sous pression », a-t-il expliqué.

Traitement « homéopathique »

La stratégie des dernières années dite « de gestion active de la dette », consistant à repousser l’échéance par de nouveaux emprunts, surtout sur le marché régional, se clôt, remplacée par des négociations directes avec les créanciers.

Pendant près de deux ans, Dakar a refusé les propositions de restructuration du FMI, qui prévoyaient un rééchelonnement des remboursements en contrepartie de réformes économiques. Plus que tout autre, Ousmane Sonko, l’ancien premier ministre, a incarné cette position, au nom du souverainisme.

Le ministre Cheikh Diba représentait une aile plus conciliatrice, derrière laquelle le président Bassirou Diomaye Faye a fini par se ranger. En mai, ce dernier, issu du parti fondé par Ousmane Sonko, les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), rencontrait Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, indiquant au passage suivre personnellement le dossier. Quelques jours plus tard, il limogeait Ousmane Sonko, devenu depuis président de l’Assemblée nationale et chef de la majorité parlementaire. La dette a constitué l’un des principaux motifs de friction entre les deux ailes du pouvoir sénégalais.

Il ne s’agit pas d’une « restructuration », a assuré Cheikh Diba, qui s’apparenterait à une « intervention chirurgicale », mais plutôt un traitement « homéopathique ». Le ministre n’a pas détaillé toutes les réformes possiblement discutées avec le FMI, visant à consolider les finances nationales, à rétablir les équilibres budgétaires et à améliorer le profil de la dette.

L’institution a au moins obtenu gain de cause sur un dossier qu’elle jugeait primordial : une réforme des subventions énergétiques, un passage progressif du modèle actuel d’aide généralisée à un ciblage sur les ménages vulnérables, le transport collectif et certaines activités.

Virage dans le quinquennat

« Quels sont les engagements du Sénégal sur le “traitement de sa dette” ? Quelles sont les principales réformes prévues ? Le langage diplomatique tenu de part et d’autre ne donne aucune information sur le détail de ce projet d’accord, ni sur les engagements du Sénégal », a réagi Ousmane Sonko sur le réseau social X, montrant que l’ancien premier ministre compte bien continuer à faire de ce sujet l’un des axes de son opposition au camp présidentiel.

« Le ministre est resté flou. Il y a forcément des contreparties pour un tel accord, qu’on connaîtra mieux dans quelques semaines lorsque le gouvernement va annoncer sa loi de finances. Quel est le coût économique, et surtout politique en matière de souveraineté ? », renchérit Cheikh Fatma Diop, économiste et membre du Pastef.

« Les décisions prises sont complètement souveraines », fait valoir une source diplomatique proche du dossier, qui évoque un dispositif classique de suivi et de monitoring des dépenses sociales par le FMI.

« Il fallait trouver un accord. Ça n’est pas parce que notre emprunt était soutenable que notre économie n’était pas étouffée par le service de la dette… La restructuration permettra de reprendre une vie économique apaisée », croit de son côté Amath Ndiaye, enseignant d’économie à l’université Cheikh-Anta-Diop.

Les économistes, comme les partis politiques, sont divisés. En concluant un accord avec le FMI, Bassirou Diomaye Faye prend un risque important et un virage dans son quinquennat.

 (Dakar, correspondance)

Source : Le Monde 

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