Au Mali, l’ancien premier ministre Moussa Mara est sorti de prison

Chef du gouvernement malien pendant huit mois, en 2014-2015, l’opposant avait été arrêté en août 2025 après avoir rendu visite à des prisonniers politiques.

Le Monde  – Il était le symbole des personnalités politiques maliennes muselées par la junte du général Assimi Goïta. L’ancien premier ministre Moussa Mara, 51 ans, a été libéré, samedi 1er août, de la prison de Koulikoro, située à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Bamako. Il venait de purger sa peine d’un an de prison ferme, consécutive à sa condamnation pour « atteinte au crédit de l’Etat et opposition à l’autorité légitime ».

Le fondateur du parti Yelema (« Changement », en bambara), à la tête du gouvernement pendant huit mois entre 2014 et 2015, avait été arrêté et placé sous mandat de dépôt le 1er août 2025, après avoir, le 4 juillet de la même année, exprimé sa « solidarité indéfectible » à des « détenus d’opinion » auxquels il venait de rendre visite. Une prise de parole qui lui avait valu d’être condamné à deux ans de prison, dont un ferme, et à une amende de 500 000 francs CFA (762 euros).

De la maison d’arrêt de Koulikoro, où il était incarcéré avec d’autres prisonniers politiques critiques de la junte au pouvoir, tels l’animateur de radio Ras Bath ou le militant anticorruption Clément Dembélé, Moussa Mara s’est rendu directement chez lui, à Bamako, où il a été accueilli par sa famille et plusieurs de ses proches. « Il était très calme, posé, mais surtout heureux de retrouver sa famille », confie un de ses intimes sous le couvert de l’anonymat, qui faisait partie de la petite délégation venue le chercher à sa sortie de prison.

Dans le viseur des autorités

Ancien maire de la commune IV de la capitale et candidat à la présidentielle de 2013, à laquelle il avait recueilli 1,53 % des voix, puis à celle de 2018, au cours de laquelle il avait finalement rallier un autre candidat, Moussa Mara était l’un des derniers responsables politiques maliens à oser s’exprimer, malgré la répression des voix critiques par la junte du général Goïta, arrivé au pouvoir par un putsch, en août 2020. Incarnant l’opposition civile au régime militaire en place, Moussa Mara veillait néanmoins à tenir un discours modéré, plutôt que de s’en prendre frontalement aux autorités.

Dans le courant du mois de mai 2025, il avait tenté, avec d’autres acteurs politiques et des membres de la société civile, de s’opposer à une loi dissolvant tous les partis politiques et permettant le maintien des militaires au pouvoir sans élections. Mais ce petit mouvement de contestation prodémocratie avait rapidement été étouffé par la junte : la loi a bien été promulguée, le 10 juillet 2025, les partis dissous, leurs activités interdites, et Assimi Goïta gratifié d’un nouveau mandat présidentiel (renouvelable) de cinq ans, soit jusqu’en 2030.

Le lendemain de sa libération, dimanche, l’ancien premier ministre du défunt président Ibrahim Boubacar Keïta (1945-2022), renversé par le coup d’Etat de 2020, a diffusé une vidéo de quatre minutes sur ses réseaux sociaux. Assis dans son bureau, il appelle ses compatriotes à l’unité nationale, à l’humanité et à la réconciliation. « Je n’ai aucune haine contre aucun juge, aucun procureur et encore moins contre les autorités. (…) Je pardonne et je demande le pardon de tous », déclare-t-il, en multipliant les invocations pieuses.

« Pas revanchard » et « sans animosité », selon son entourage, Moussa Mara devait, lundi 3 août, présenter ses condoléances aux familles des personnalités mortes pendant sa détention. Parmi elles, celle du général Sadio Camara, ancien ministre de la défense et numéro deux de la junte, tué dans l’offensive d’ampleur déclenchée le 25 avril par les djihadistes du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM), la filiale sahélienne d’Al-Qaida, et les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA).

Dans la première prise de parole de Moussa Mara depuis sa libération, il déclare aussi avoir une « pensée émue » pour son avocat, Me Mountaga Tall, enlevé à son domicile bamakois par des hommes armés et encagoulés dans la nuit du 2 au 3 mai, quelques jours après cette série d’attaques coordonnées qui avaient ébranlé le pouvoir d’Assimi Goïta. Deux semaines plus tard, son fils aîné, Cheick Mamadou Tall, était à son tour enlevé à Bamako. Selon plusieurs sources maliennes, les deux hommes, dont leurs proches sont sans nouvelles depuis lors, ont été enlevés et sont détenus par la Sécurité d’Etat, les services de renseignement maliens.

Dans ce contexte tendu, où la junte est sous forte pression sécuritaire et les partis officiellement interdits, Moussa Mara n’a d’autre choix que de se montrer prudent. S’il est libéré, il n’en demeure pas moins dans le viseur des militaires au pouvoir. « Nous sommes surveillés. Nous faisons donc attention à ce que nous faisons et disons, affirme un de ses collaborateurs. Quant à lui, il va poursuivre sur sa voie et continuer à servir son pays, en tant que citoyen. »

Source : Le Monde

 

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