Air France parie plus que jamais sur l’Afrique, destination rentable et en croissance

La directrice générale d’Air France a célébré le 11 février les 90 ans de la présence de la compagnie française au Sénégal. Près d’un siècle après, l’expansion de l’offre de la compagnie sur le continent africain est deux fois plus rapide que sur l’ensemble de ses vols long-courriers.

Le Monde – Pour rejoindre Dakar, le 11 février, Anne Rigail, directrice générale d’Air France, a choisi d’être accompagnée des principaux cadres dirigeants du réseau Afrique de la compagnie aérienne. Un déplacement un peu exceptionnel pour celle qui dit « ne pas beaucoup voyager pour ne pas rester très longtemps loin de Roissy » et des bureaux de la compagnie aux abords de l’aéroport Paris – Charles-de-Gaulle (Val-d’Oise). Et même si ce jour-là, il n’y avait pas l’escorte traditionnelle de motards de la police sénégalaise pour l’accompagner, à contresens et à toute vitesse sur l’autoroute entre l’aéroport Blaise-Diagne et Dakar, l’ampleur de la délégation et la présence de la directrice générale témoignent de l’importance de l’Afrique pour la compagnie aérienne.

Avec ce déplacement, il s’agissait avant tout de célébrer deux anniversaires. D’abord les 90 ans de l’ouverture de la ligne Paris-Dakar, destination historique, parmi les toutes premières, car lancée en 1936 alors qu’Air France, créé en 1933, n’avait que 3 ans. La directrice générale a aussi soufflé les 50 bougies célébrant le passage du Concorde qui faisait pour la première fois escale à Dakar avant de poursuivre sa route vers le Brésil. Et puis, Mme Rigail est venue inaugurer la nouvelle agence d’Air France dans la capitale sénégalaise. La compagnie aérienne vient de quitter ses bureaux historiques construits en 1955, s’étirant sur 900 mètres carrés mais devenus insalubres, pour des locaux moins vastes de 350 mètres carrés.

Le lancement de la nouvelle agence d’Air France à Dakar est symbolique de la présence de la compagnie en Afrique. « Alors que nous avons fermé toutes nos agences en France depuis le Covid-19 pour passer au numérique, nous avons, au contraire, gardé beaucoup d’agences en Afrique mais aussi dans les départements d’outre-mer », précise Mme Rigail. Il est vrai qu’au Sénégal, comme dans une bonne partie de l’Afrique, les achats en ligne sont beaucoup moins répandus qu’en Europe. De plus, à Dakar, beaucoup de clients préfèrent « payer en cash », ajoute la directrice générale. Du liquide en assez grande quantité, qui oblige l’agence à disposer d’une caisse blindée.

« Beaucoup de sujets géopolitiques »

Si Air France met les petits plats dans les grands à Dakar, c’est que « l’Afrique reste une zone importante sur laquelle [la compagnie est] en concurrence », explique Mme Rigail. Une rivalité toutefois limitée, côté Afrique francophone subsaharienne, à la seule autre compagnie française Corsair. Cette dernière dessert quelques destinations comme Abidjan (Côte d’Ivoire), Cotonou (Bénin) ou encore Bamako, mais a dû renoncer à sa ligne vers Dakar. Vers l’Afrique de l’Est anglophone, Air France propose quelques dessertes directes (Afrique du Sud, Kenya, Tanzanie) mais c’est surtout son partenaire KLM qui est historiquement plus présent, face à British Airways.

Surtout, l’Afrique pèse lourd dans le chiffre d’affaires d’Air France. Environ 20 % alors que « la part de sièges offerts vers l’Afrique ne représente que 15 % de la totalité des sièges proposés par la compagnie », signale la directrice générale. La dynamique africaine ne faiblit pas, bien au contraire. Elle réclame de plus en plus de capacités. « Alors que la croissance de l’offre de sièges est de 3 % sur le réseau long-courrier d’Air France, elle est de 6 % en Afrique », se félicite ainsi Mme Rigail.

Pour absorber cet engouement, la compagnie poursuit le renouvellement de sa flotte. « Les Airbus A330 sont progressivement remplacés par des Boeing 787 et, surtout, des A350 qui offrent plus de capacités », ajoute la dirigeante qui vient d’accueillir le 41e exemplaire du long-courrier d’Airbus. « Cette stratégie de montée en gamme porte ses fruits : nos clients en Afrique nous réclament les meilleurs standards et les produits les plus innovants », relève-t-elle encore. Et de préciser : « La Première, la Business Class et la Premium Economy sont toujours aussi remplies et soutiennent le redressement de l’entreprise », qui investit chaque année 1 milliard d’euros dans le renouvellement de la flotte d’Air France et 500 millions d’euros dans celle de Transavia. Sujet supplémentaire de satisfaction pour Mme Rigail : « La très grande majorité des destinations long-courriers sont rentables. »

En croissance, Air France doit pourtant composer avec les aléas de la présence française en Afrique. « Il y a beaucoup de sujets géopolitiques, euphémise la directrice générale. Et trois pays [Mali, Niger et Burkina Faso] où nous ne sommes plus présents. » Des pertes « compensées par la Tanzanie notamment Zanzibar  ou la Guinée» ajoutés au réseau, souligne Mme Rigail. Elle veut étendre son implantation en adoptant « une logique de partenariat, comme celui conclu avec FlyGabon ». En effet, explique la dirigeante, « Air France ne va pas desservir l’ensemble des villes africaines ». Mais elle compte sur des alliances de ce type pour continuer à tisser son réseau sur le continent africain.

 

Source : Le Monde – (Le 19 février 2026)

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