A propos du débat entre l’​Ambassadeur de Mauritanie au Sénégal et le Dr. Cheikh Tidiane Gadio

Le véritable problème n’est pas qu’un historien ou un intellectuel propose une interprétation du passé. Le véritable problème est qu’un diplomate du rang du Dr. Cheikh Tidiane Gadio invoque un prétendu « imaginaire sénégalais » sur une question aussi sensible.

Un diplomate a pour mission de rapprocher les peuples, et non d’entretenir des récits susceptibles de raviver des différends historiques. Ses paroles dépassent sa personne : elles sont inévitablement perçues comme porteuses d’une vision politique. En évoquant un « imaginaire sénégalais » selon lequel le Sénégal et le Maroc auraient des frontières communes, le Dr. Gadio ne se contente pas d’une simple réflexion académique. Il légitime un récit dont la conséquence logique est l’effacement de la Mauritanie de l’espace géographique des deux pays.

Or, c’est précisément contre ce type de représentation que la Mauritanie a dû lutter au lendemain de son indépendance afin d’obtenir la pleine et entière reconnaissance de sa souveraineté. Il ne s’agit donc pas d’un débat théorique, mais d’une question qui touche aux fondements mêmes de l’existence internationale de l’État mauritanien.

L’ambassadeur de Mauritanie au Sénégal n’ignore pas l’histoire; il assume au contraire la responsabilité de défendre l’intégrité historique, politique et juridique de l’État qu’il représente. Aucun « imaginaire », aussi séduisant soit-il, ne saurait prévaloir sur une réalité incontestable: la Mauritanie est un État souverain, reconnu par l’ensemble de la communauté internationale.

C’est précisément parce que le Dr. Gadio est un diplomate chevronné que ses propos appellent une vigilance particulière. En diplomatie, les mots ne sont jamais neutres. Ils peuvent consolider la confiance entre les nations ou, au contraire, raviver des représentations susceptibles d’être perçues comme une remise en cause, même implicite, de la souveraineté ou de l’existence d’un État voisin. Sur de tels sujets, la rigueur historique et la prudence diplomatique ne sont pas des options; elles constituent une exigence.

 

Toka DIAGANA

 

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